Une entrevue avec le révérend John Vlainic

sur la signification de l’ordination

 

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(Le révérend John Vlainic a été ordonné en 1977 et a servi l’ÉMLC en tant que pasteur, enseignant, rédacteur et chercheur tout en servant comme mentor pour plusieurs pasteurs.Depuis 1999, il a servi comme directeur des Services pastoraux à l’Hôpital St. Peters à Hamilton, Ontario)

 

 

Q. Un nouveau candidat au ministère est assis devant vous et vous demande : « Dites-moi ce que signifie d’être ordonné et pourquoi est-ce important? » Que lui répondriez-vous?

 

Simplement dit, être ordonné signifie être identifié et approuvé (de façon officielle) comme étant appelé par Dieu et préparé pour servir dans un ministère distinctif de leadership comprenant certaines responsabilités dans le Corps de Christ.

 

Q. Pourriez-vous me dire tout ça de façon encore plus simple?

 

Je vais tenter de le faire mais ce n’est pas aussi simple comme je l’ai pensé. Il serait peut-être plus facile d’en faire le tour si nous commencions d’abord par considérer que Dieu, vu qu’il en est le créateur,connaît le besoin humain fondamental auquel l’ordination répond. Donc, si nous étudions la façon utilisée par Dieu pour organiser les communautés de personnes, nous pourrons déceler des indices importants concernant la nature essentielle de « l’ordination. »

 

Q. Pourquoi ne pas commencer par la Bible?

 

La Bible ne nous donne pas d’instructions claires qui nous disent exactement comment nous devrions structurer la direction au sein du peuple de Dieu. Nous ne trouvons aucun type d’organigramme précis pour la direction de l’église dans le Nouveau Testament. Je crois cependant qu’il y a des indices pertinents que nous pouvons utiliser en considérant comment Dieu a agi dans la création, ce qui nous aide à comprendre la fondation sur laquelle toutes les structures et les rôles sont construits.

 

Au plan humain (mis à part l’appel distinct de Dieu concernant la vie d’une personne, mais en tenant compte d’un phénomène créé par Dieu qui « relie » les gens de diverses communautés et qu’il utilise à ses propres fins), voici ce que je pense qui est au-dessous de l’impulsion des églises et autres communautés religieuses au fil des années et qui les poussent à « ordonner » et à mettre à part (de façon officielle ou non). C’est cette réalité créée par Dieu qui est derrière le fait que des « prêtres » et des « individus saints » ont été mis à part en Israël et dans les groupes religieux de tous les temps et de partout.

 

On ne peut expliquer cela pleinement mais, comme l’ont fait remarquer ceux qui étudient les dynamiques humaines et les relations au sein des groupes, l’indicateur est que les communautés humaines, dans toutes les périodes, tous les endroits, toutes les sociétés, et toutes les cultures, ont eu tendance à mettre des gens à part pour qu’ils servent de médiateurs entre le mondain et le transcendant, ce qui est pratique et ce qui est mystérieux, ce qui est contrôlable et ce qui est incontrôlable.

 

Que ce soit sous une forme ou une autre, les communautés humaines ont toujours eu tendance à découvrir et identifier de telles personnes.Une réalité qui doit être sérieusement considérée en rapport avec les questions que nous nous posons est que pour être efficace, ces personnes « mises à part » doivent avoir un pied dans chacun des deux endroits et faire partie des deux domaines sans jamais être complètement à l’aise dans aucun d’eux. Je me demande si cela pourrait expliquer en partie cette « tension » innée et ce stress distinctif causés par le fait d’être une personne ordonnée.Cependant, nos communautés réclament que nous soyons « mis à part » mais en même temps que nous soyons aussi « l’un d’entre eux ».Je suis persuadé que les personnes que nous sommes appelés à servir sont lésées si nous cessons d’être différents d’eux mais aussi si nous cessons d’être l’un d’entre eux.

 

Durant les dernières années, je me suis retrouvé très souvent avec des personnes de foi où nous parlions de l’église, de leurs prêtres ou pasteurs et de ce qui les aide.(Comme vous le savez, je fais du travail pastoral dans un hôpital.) Plus je réfléchis au ministère ordonné et plus je pense à ce que ces gens disent, plus je suis certain qu’il existe un besoin humain fondamental au sein des croyants : ils ont besoin de leaders qui sont différents d’eux mais en même temps, qui sont semblables à eux.

 

J’entends souvent dire que les ministres ordonnées qui ne sont pas « l’un d’entre eux » n’arrivent pas à avoir une bonne communication avec eux.Ils sont perçus soit comme trop distants, ou vus tout bonnement comme « des professionnels. »J’ai aussi souvent entendu que les personnes ordonnées qui ne sont pas réellement quelque peu distinctes des personnes de la communauté ne semblent pas non plus être capables de les aider pour autant. Il existe un besoin réel d’avoir des leaders qui voient plus loin et qui sont à un autre niveau. Une réalité mystérieuse est à l’œuvre dans ce paradoxe des uns et des autres.

 

Et pourtant, les mystères ne sont pas étranges à notre foi. On n’a qu’à penser au baptême, au Repas du Seigneur, au mariage. Il est très difficile, sinon impossible, de saisir le sens exact de ces réalités. Prenons le concept de la Trinité, ou encore la pleine divinité et la pleine humanité de Christ, ces concepts sont au cœur même de notre foi.Nous ne prétendons pas être capables de dire avec une précision scientifique ce que sont ces réalités. Mais cela ne nous empêche pas de voir que certaines perceptions ne vont pas dans la bonne direction (ou elles sont tout à fait erronées.)

 

Quant à ce qui concerne l’ordination, comme c’est le cas pour d’autres mystères de la foi, il nous est simplement possible de dire des choses extrêmement claires au sujet de ce qu’une réalité  n’est pas!Alors que nous préférons avec raison les affirmations positives à celles qui sont négatives, cet élément mystérieux qui existe dans l’ordination fait en sorte qu’il est plus facile d’en dire plus au sujet de ce que l’ordination n’est pas, plutôt que de ce qu’elle est réellement.

 

Le fait que je n’ai pas commencé avec la Bible ne veut pas dire du tout l’ordination « est hors de propos » parce que la Bible n’est pas précise au sujet des détails. Je ne passe pas non plus sous silence le fait que la Bible parle énormément de l’esprit et de la nature du service d’ordination. En fait, après avoir observé que la Parole de Dieu revient souvent et de façon claire sur le sujet du ton et de la qualité relationnelle du service de mise à part, et du fait que la Bible est moins claire (avec de grandes variations) au sujet des diverses formes et fonctions, cela nous mène inéluctablement, je crois, à la conclusion que Dieu est beaucoup plus préoccupé par l’esprit et la qualité relationnelle de ce service particulier qu’au sujet des détails et des formes externes!

 

 

Q. Pourriez-vous me dire, alors, ce que l’ordination ne signifie pas?

 

L’ordination n’a aucun rapport avec la puissance, le prestige, ou l’apparat!Cela ne signifie pas que vous, en tant que serviteur ordonné de Jésus, êtes meilleurs ou plus sages, ou plus puissant, ou plus saint, ou plus près de Dieu.Cela ne signifie pas non plus que vous avez droit à plus de dignité, de respect, ou de récompenses dans cette vie – ou la vie future!En plus, cela ne nie pas notre croyance dans la prêtrise ou le ministère de tous les croyants.Et cela ne devrait pas nous faire aucunement sous-estimer la croyance historique que par le baptême, chaque croyant est, dans un sens, « ordonné » au ministère pour Christ, en Christ, à travers Christ, et dans la puissance de l’Esprit.

 

Avez-vous remarqué que les choses dont nous pouvons être certains ne parlent que de l’esprit, la qualité relationnelle et le ton?!

 

Q. Eh bien, de quoi s’agit-il donc?Qu’y a-t-il au cœur de notre compréhension de l’ordination?

 

Aujourd’hui, beaucoup de personnes pensent que nous devons regarder l’ordination comme quelque chose de “missiologique”. Je sais qu’il s’agit là d’un mot accrocheur et que les gens aiment discuter des nuances d’une signification, mais dans ce cas, je crois que c’est le bon mot.

 

Tous les chrétiens sont d’accord pour dire que Dieu a une mission pour son peuple. Les documents bibliques sont tout à fait clairs là-dessus.« Ordonner » des personnes dans ce rôle de ministère distinctif de leader-serviteur, ce qui inclue des responsabilités dans le Corps de Christ, est beaucoup plus en rapport avec l’accomplissement de la tâche de Jésus qu’en rapport avec la personne qui est ordonnée.La question de l’ordination concerne fondamentalement ce que le Dieu trinitaire est en train de faire dans l’Église et à travers l’Église dans notre monde, et non pas en rapport avec ce que certaines personnes font ou ne font pas.Au ministre ordonné, nous disons : « Il ne s’agit pas de vous!! »

 

Et je suis content de pouvoir rapporter qu’il y a de nombreux penseurs chrétiens dont les travaux peuvent nous aider aujourd’hui, y compris cet autre érudit, Daniel Migliore, dont Stan Grenz parle en ces termes :

 

« Nous pouvons voir l’ordination comme une bonne chose si nous la voyons comme étant « missiologique » (mandater des personnes dans le leadership pour le bien de la mission de tout le peuple de Dieu plutôt que de façon « ontologique » (élever le clergé au-dessus des autres chrétiens). [1]

 

On ne devrait donc pas prétendre que la question de l’ordination est plus grande qu’elle ne l’est réellement.Il ne s’agit pas de la chose la plus importante, mais nous pensons que cela aide l’Église à réaliser des choses plus importantes.

 

Cela veut dire que si nous voulons continuer « à ordonner » des personnes, nous devrons remplacer ce que le mot véhicule – tout au moins pour la plupart des gens d’église.Ici aussi, nous avons déjà quelques bons guides pour nous aider dans cette tâche.

 

Gordon Fee, un pasteur pentecôtiste et enseignant, est reconnu comme un des plus grands érudits du Nouveau Testament de notre époque.

 

Il nous offre des commentaires perspicaces qui peuvent nous aider à rattacher une signification biblique concernant cette mise à part des dirigeants.Dans les documents d’où j’ai tiré cette citation, il a analysé un des passages que nous lisons toujours durant les services d’ordination, soit Éphésiens 4.

 

« Je recommanderais le mouvement vers une perception plus biblique de l’église et du leadership dans laquelle nous n’éliminons pas le “clergé”, à l’exception de toutes les connotations erronées que ce mot entraîne avec lui. Mais nous devrions rechercher un leadership renouvelé et des gens, pour qui l’ordination n’est pas tellement un poste mais plutôt la reconnaissance du don déjà conféré par l’Esprit. Quant au rôle de leadership, c’est plus souvent celui dont parle Éphésiens 4.11-16, préparer l’église entière pour son ministère envers elle-même et envers le monde. » [2]

 

Q. Comme c’est rafraîchissant; et ça ne ressemble pas à quelque chose « d’institutionnel. » Mais, vous continuez de sous-entendre que quelque chose du genre de « l’ordination » est important.Où pourrais-je trouver d’autres bonnes ressources qui m’aideront à réfléchir sur ce que la Bible nous dit concernant l’expérience de « l’ordination »?

 

Je suis heureux de pouvoir vous dire qu’il existe beaucoup de bonne littérature sur ce sujet. J’ai déjà mentionné Stanley Grenz qui a beaucoup de bonnes choses à dire sur cette question. Il y a quelques paragraphes dans son livre,Created for Community: Connecting Christian Belief with Christian Living, qui, selon moi, abordent le sujet de façon sobre et succincte, tout en nous dirigeant vers plusieurs passages bibliques que nous devrions considérer.Laissez-moi vous offrir une citation qui vous expliquera cela mieux que je ne pourrais le faire.

 

« À cause de la responsabilité que les pasteurs portent sur leurs épaules et le rôle crucial qu’ils ont à jouer, personne ne devrait rechercher cette fonction si le Saint-Esprit ne l’a pas appelé. Comme l’expérience de Timothée l’indique, l’action posée par le Saint-Esprit lorsqu’il choisit des dirigeants pastoraux implique deux aspects, soit une perception personnelle de l’appel et une confirmation venant de l’église (1 Timothée 1.18; 4.14; cf. Actes 13.2–3). Lorsque nous parlons d’une confirmation publique d’un appel personnel, c’est à « l’ordination » que nous faisons référence.

 

Voici notre définition de l’ordination.L’ordination est l’acte posé par l’église où elle met à part des personnes qui ont été sélectionnées par le Saint-Esprit et à qui il a conféré les dons nécessaires pour l’accomplissement des tâches spécifiques au leadership dans le service du peuple de Dieu.

 

L’ordination est donc une confirmation que Dieu a appelé une personne, qu’il l’a particulièrement douée et qu’il lui a fourni les capacités nécessaires pour le ministère pastoral (1 Timothée 4.14; 2 Timothée 1.6-7). L’ordination constitue donc l’évidence que cette personne a reçu un mandat publique et que l’Esprit l’a appelée. (Actes 13.3; cf. Nombres 27. 18-23).[3] »

 

Grenz continue ensuite à parler de façon claire et utile concernant ce qu’il pense que nous devrions voir dans les attitudes du cœur des personnes qui sont mises à part par l’ordination. En toute franchise, je pense que c’est une bonne parole pour tous ceux qui exercent le leadership dans le Corps de Christ, qu’ils soient ordonnés ou non.Il écrit :

 

« Les postes de leadership dans l’église ne constituent pas une licence pour promouvoir des buts et objectifs égoïstes, ou même un succès personnel. Ce leadership existe plutôt pour le bien des gens.Le but du leadership est de donner de la puissance à tout le peuple de Dieu afin qu’il puisse discerner et transmettre la volonté du Seigneur (Éphésiens 4.11-13). Donc, au lieu de chercher à dominer les gens, les leaders doivent prendre possession de leur poste en toute humilité et dans l’intention de chercher le bien de ceux qui sont sous leur surveillance et leurs soins (1 Pierre 5.1-3). Les dirigeants doivent réaliser qu’ils n’ont pas été établis au dessus des autres, mais pour se tenir avec eux alors qu’ils tenteront ensemble d’obéir au Seigneur, comme un seul corps (1 Pierre 5.3), « en paroles, dans la vie, dans l’amour, dans la foi, et dans la pureté » (1 Timothée 4.12).

 

Jésus a fourni la fondation pour cette façon de comprendre le leadership lorsqu’il a enseigné à ses disciples sur comment ils devraient se comporter entre eux. Constamment, il rappelait le contraste des attitudes autoritaires qui étaient caractéristiques des Gentils et des Pharisiens face à l’esprit de mutualité qu’il désirait voir chez ses disciples (Marc 10.42-43). Plutôt que de rechercher un statut spécial, les disciples de Christ doivent se rappeler qu’il est leur seul maître et qu’ils sont tous frères et soeurs (Mathieu 23.8). Non seulement notre Seigneur a-t-il déclaré que ceux qui dirigent son peuple devraient être d’humbles serviteurs (Marc 10.42-43), mais il a aussi illustré cet enseignement grâce à son propre exemple d’humble service envers nous (2 Corinthiens 8.9; Philippiens 2.6-8)[4]»

 

Comme dans plusieurs autres domaines, il est facile de se tromper sur un sujet, qu’on fasse partie d’un côté ou de l’autre.Il y a des fossés de deux côtés de la rue.Daniel Migliore nous apprend des choses utiles à ce sujet.

 

En résumé, la théologie doit éviter aussi bien de sacraliser le ministère, ce qui sépare les dirigeants ordonnés du reste des disciples de Dieu, mais on doit éviter aussi de dévaloriser le ministère, ce qui banaliserait l’importance de cet office dans la vie de l’église.

 

Si une des caricatures du ministère serait de prétendre ‘être supérieur à’ et ‘plus saint que’ les autres chrétiens, il est également scandaleux lorsqu’on voit des ministres ordonnés ignorer les disciplines spirituelles et corporelles requises pour exercer un ministère fidèle concernant l’Évangile, dans l’unique but d’être à la mode ou avoir l’air de monsieur tout le monde.La perspective adéquate de l’identité ministérielle provient non pas de nos perceptions idéalisés du ministère, et non pas des modèles séculiers de leaders qui ont réussi (i.e. le PDG d’une compagnie ou une célébrité de la télé) mais d’un témoignage biblique envers Christ et de l’exercice de son ministère).

 

Tout ministère de Christ doit être caractérisé par le service plutôt que par la confession religieuse.Jésus a dit qu’il était venu pour servir plutôt que d’être servi (Marc 10.45), et il a commandé/ordonné à ses disciples d’exercer une autorité différemment de ceux qui aiment se placer au-dessus des autres (Marc 10.42-44). ).[5] »

 

Je vous recommande aussi d’étudier en profondeur l’excellent chapitre sur l’ordination de William Willimon, pasteur, dans son livre, The Theology and Practice of Ordained Ministry. »Il y parle de cette réalité « l’un et l’autre/l’un ou l’autre » que j’ai suggérée, dans les sections qu’il a écrites sur l’ordination « qui provient d’en haut », en tant que cadeau gratuit du Saint-Esprit, « d’en bas », en réponse aux besoins de l’église, et de la sagesse utilisée pour désigner les

dirigeants. [6]

 

  1. Que pensez-vous de l’ordination des femmes?J’ai entendu dire que certains chrétiens disent que l’église a plié devant l’esprit féministe qui semble être si prévalent dans la culture actuelle.

 

Je suis content que vous ayez soulevé ce sujet. Je dois admettre que je tire un certain plaisir à dire aux gens des autres communautés de croyants que la question de l’ordination des femmes a été réglée il y a des années chez les méthodistes libres. Ce n’est donc pas un résultat de l’église contemporaine qui « se met à genoux » devant la culture séculière.

 

En fait, B.T. Roberts, le fondateur de l’Église méthodiste libre, était si catégorique à ce sujet qu’il était prêt à quitter le mouvement qu’il avait aidé à fonder lorsque les autres ont tenté d’influencer l’Église méthodiste libre afin qu’elle revienne sur son engagement à reconnaître que Dieu appelle des femmes et les dote des dons nécessaires pour exercer le ministre de la Parole et des sacrements, aussi bien que comme leaders, en tant que ministres ordonnés.

 

Durant la Conférence générale de 1890, B.T, Roberts a soumis la résolution suivante.

 

« Étant donné que dans l’Évangile de Jésus-Christ, aucune provision n’est faite, ni dans les organismes qu’elle emploie pour le salut de l’humanité, ne connaît aucune distinction de nationalité, de condition (ou) de sexe; nous recommandons donc qu’on ne puisse refuser aucune personne qui est appelée de Dieu et qui est dûment qualifiée, à cause de son sexe, de sa race ou de sa condition.[7]

 

Si vous voulez en lire plus à ce sujet, rendez-vous dans le site web de notre confession religieuse pour lire le document intitulé « Les femmes dans le ministère ».[8]

 

Q. Il était en avance sur son temps, n’est-ce pas?!

 

Oui, et en fait, plus je lis à son sujet et tout ce qui est en rapport avec lui, plus je crois que l’évêque B.T. Roberts dirait un énorme « Amen! » concernant les idées suivantes de l’écrivain contemporain, Migliore,

 

« Durant notre époque, le plus grand développement concernant le ministère chrétien est la reconnaissance par plusieurs églises que l’Esprit de Dieu attire aussi bien les femmes que les hommes au ministère de la Parole et des sacrements. Cela peut sans doute constituer un point de tension parmi les églises durant les années à venir. Selon la perspective de la Réforme, on doit toutefois constater que l’exclusion des femmes du ministère de la Parole et des sacrements continue chez certaines églises sous le prétexte que Dieu est masculin, ou que Jésus n’a choisi que des apôtres mâles, ou que seul un mâle peut adéquatement représenter la personne et l’œuvre de Christ au peuple de Dieu. Ceci constitue un grand scandale pour l’Évangile, un dénégation de la liberté de l’Esprit de travailler en utilisant des moyens nouveaux et surprenants au sein du peuple de Dieu, ainsi qu’un appauvrissement de l’Église et de sa mission actuelle. » [9]

 

Q. En résumé, comment aimeriez-vous conclure? Quelle est la phrase que nous devrions conserver dans notre mémoire?

 

Si un jour, vous êtes sur le point d’être ordonné(e), voilà ce que cela signifiera.

 

Le Corps de Christ a vu en vous des indices que vous êtes une de ces personnes dont Dieu a besoin pour servir d’une façon distinctive, soit « d’une manière ou d’une autre, ou les deux » dans le Corps de Christ. Les gens diront qu’il est clair que vous êtes « simplement un autre disciple et ministre de Jésus » et que vous avez déjà été « ordonné » pour ça lors de votre baptême. Ils diront aussi que l’Esprit et l’église ont aussi vu en vous (et formé en vous) une sorte de dirigeant-serviteur d’une autre dimension, dans laquelle vous « représentez » l’église (aussi bien votre congrégation que l’église en général).Et vous « représentez » Jésus d’une façon distinctive que les personnes qui ont du discernement peuvent ressentir mais qu’ils ne sont pas capables d’expliquer.Jésus a besoin de certaines personnes qui ont cet appel « l’un ou l’autre/ l’un et l’autre » pour réaliser ses desseins de salut dans ce monde tout autant qu’il a aussi besoin de chacun des croyants et de leur appel particulier.

 

L’ordination ne fera pas de vous quelqu’un de plus « spécial » que quiconque au sein du Corps de Christ.Mais, cela signifiera que vous êtes désigné comme étant légèrement « différent» (mis à part) pour les fonctions que vous aurez à remplir, tout en demeurant, d’une façon très réelle, la « même » sorte de personne que tous vos frères et sœurs en Christ.Vous, aussi bien que chacun d’entre eux, avez été mis à part en tant que « prêtres saints » offrant leurs vies approuvées par Christ à Dieu » *1 Pierre 2.5, le message).

 

Voici l’essentiel, c’est que les personnes ordonnées sont des femmes et des hommes qui vivent un paradoxe. Ils sont appelés à vivre avec leurs frères et sœurs « dans l’unité/ mais mis à part ». Ils vivent dans deux mondes en même temps.

 

Permettez-moi de conclure avec une citation tirée de l’introduction d’une autre œuvre importante sur ‘comment être un pasteur’, de Gordon W. Lathrop : The Pastor: A Spirituality. (le pasteur: une spiritualité) qui nous ramène vers cette dimension mystérieuse qui est le point central de « l’ordination ».

 

« Un pasteur responsable apprendra à connaître la valeur de sa propre sagesse, tout en sachant aussi quel fou il est, comment apprécier sa propre bonté, tout en sachant qu’il ne peut être l’ami de tous. Un pasteur fidèle apprendra qu’il (elle) occupe un rôle symbolique qui pourrait être rehaussé par l’un ou l’autre de ces traits, mais ce à quoi ces traits eux-mêmes pointent ne se retrouveront pas dans le pasteur mais dans ce Dieu à qui la réunion rend un témoignage. Et même à ce moment-là, ces traits seront découverts par la foi, sous une forme surprenante qui est contraire à ce qu’on s’attendait… Un pasteur compétent apprendra à vivre de façon paradoxe.[10]»

 

Les personnes qui y sont appelées et bien formées pour ce ministère ne peuvent l’expliquer; ils le ressentent en eux-mêmes.

 

ENDNOTES:

 

[1] Stan Grenz, Theology for the Community of God (Grand Rapids: Eerdmans, 2000), p. 737.

[2] Gordon D. Fee, “Laos and Leadership Under the New Covenant,” Listening to the Spirit in the Text (Grand Rapids: Eerdmans, 1993), pp. 121-146.

[3]Stanley J. Grenz, Created For Community: Connecting Christian Belief With Christian Living (Grand Rapids: Baker Books, 1998), pp. 249-250.

[4] Ibid., p. 250.

[5] Daniel L. Migliore, Faith Seeking Understanding: An Introduction to Christian Theology (Grand Rapids: Eerdmans, 1991, pp. 228-229.

[6] William H Willimon, Pastor: The Theology and Practice of Ordained Ministry (Nashville: Abingdon Press, 2002), pp. 27-53.

[7] 1890 Procès verbal – Conférence générale, p. 131

[8] http://www.fmc-canada.org/fr/qui-nous-sommes/position-papers/303-women-in-ministry-fmcna-fmcic

[9] Migliore, p. 230.

[10] Gordon W. Lathrop, The Pastor: A Spirituality (Fortress Press, 2006), p. 13.

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