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Sept étapes vers le renouveau méthodiste libre
Howard A. Snyder

[Howard Snyder, “Seven Keys to Free Methodist Renewal,” in Gerald E. Bates and Howard A. Snyder, eds., Soul Searching the Church: Free Methodism at 150 Years (Marston Memorial Historical Centre, 2007), 147-158.  [Ces textes ont été écrits en conformité avec la politique émise par les méthodistes libres des États-Unis.]  Ils sont publiés sur le site web de l’Église méthodiste libre au Canada avec la permission de l’auteur.]

Les suggestions suivantes sont basées sur trois évidences, soit: la nature de l’Évangile et de l’Église telle que révélée dans les Écritures, la théologie wesleyenne, et selon notre propre histoire, notre  héritage. On peut discerner que ces sept étapes proposées pour renouveler la vie et la mission de l’Église méthodiste libre ne sont pas qu’un « rafistolage » puisque quelques réparations mineures ne seraient pas suffisantes pour produire le renouvellement et la spiritualité désirés.

1.  Construire une communauté et une identité propre dans nos séminaires et nos collèges.

C’est alors que j’étais étudiant au séminaire interconfessionnel Asbury dans les années 1960 que je suis devenu beaucoup plus méthodiste libre. Il y avait sur place une communauté méthodiste libre, centrée sur l’église locale et la John Wesley Seminary Foundation.  Une soixantaine d’étudiants d’Asbury se sont rencontrés, ont édifié une amitié avec les professeurs méthodistes libres et ont constitué des réseaux qui existent toujours aujourd’hui. 

Mais les choses ont bien changé puisque je ne retrouve plus tout à fait cette fraternisation confessionnelle ni autant de partage au sujet de la vision à Asbury, sauf dans quelques cas particuliers, au niveau de l’église locale. 

Une des raisons principales de cet état de fait est que notre confession religieuse s’associe maintenant à plusieurs séminaires et non pas seulement à Asbury et que nous avons pratiquement démantelé la  « John Wesley Seminary Foundation » qui soutenait cette communauté édifiée sur l’identité, la mission et la vision.  Par contre, à Asbury, les étudiants méthodistes libres viennent souvent de séminaires qui sont moins méthodistes libres plutôt que plus méthodistes libres. 

Cela pourrait pourtant changer.  Il s’agirait seulement d’avoir un leadership intentionnel et bien soutenu dans chacun des séminaires où se trouvent dix étudiants méthodistes libres ou plus.  Grâce au leadership des évêques, des surintendants de la conférence, et de la structure de notre église en général, année après année, des hommes et des femmes pourraient surgir de nos séminaires avec une vision et un enthousiasme pour la mission méthodiste libre ainsi qu’un goût de la communauté méthodiste libre, vibrant à l’idée de vivre cette synthèse méthodiste libre et  de s’intégrer à son charisme.

À l’heure actuelle, cela se fait avec plus d’efficacité dans certains de nos collèges que dans nos séminaires.  On doit allouer plus d’attention à la mission, à la vision, et aux besoins des communautés ML si nous voulons voir cela se produire à tous les niveaux/domaines de notre enseignement. Cela permettrait de récolter des fruits très intéressants d’ici quelques générations.  Les choses ne changeraient pas du jour au lendemain mais le fait de suivre ces sages étapes et d’investir prudemment dans cette direction, aujourd’hui, pourrait nous permettre d’avoir une église renouvelée en 2050.

2.  Développer/former des dirigeants grâce au mentorat

Le leadership chrétien concerne plutôt la personnalité et la formation des disciples.  Il ne s’agit donc pas uniquement de l’acquisition de connaissances et d’aptitudes.  C’est pour cette raison que Jésus a entraîné/formé les apôtres en demeurant avec eux durant trois ans. Il les a formés comme disciples; il a été leur mentor.  L’Église méthodiste libre se doit donc de suivre cet exemple. 

Le séminaire seul ne peut accomplir tout cela, même en ayant des programmes de ministères « supervisés » ou en utilisant le « mentorat ».  La seule manière de former des dirigeants afin qu’ils comprennent la synthèse et le charisme du méthodisme libre est de les aider, grâce à des mentors, à suivre un processus relativement sans embûche.

Voici quelques moyens d’accomplir cela.

• Assigner des pasteurs ayant une très bonne base en théologie et de l’expérience pour agir comme mentors (aux plans personnel et relationnel) à chacun des candidats au ministère durant toute la période qui précède l’ordination.  Ce processus devrait inclure le nombre d’années que la personne pourrait passer au collège ou au séminaire.

•  Mettre en œuvre un processus de mentorat pour tous les nouveaux pasteurs.  Chaque nouveau pasteur devrait être formé comme disciple (aux plans personnel et relationnel) par un pasteur expérimenté (actif ou retraité) qui a démontré son efficacité et sa maturité spirituelle et qui possède l’héritage du méthodisme libre.

• Assigner des mentors pastoraux aux pasteurs qui dirigent des congrégations qui se démènent ou qui sont à risque.

• Dans le processus de mentorat, concentrez-vous sur quatre domaines principaux : (1) édifier/construire la communauté; (2) équiper les chrétiens pour le ministère dans le monde; (3) favoriser la croissance spirituelle et l’intégration; et (4) s’attacher plus profondément à nos propres traditions.  Les moyens devraient s’apprendre à travers l’action et non pas principalement par la lecture ou les concepts de l’apprentissage intellectuel.

On doit donc assumer ici que la tâche principale des pasteurs est d’édifier le corps de Christ et équiper le corps (et tous ses membres) afin qu’ils accomplissent la mission de Dieu sur terre. Cette sorte de formation de disciples/mentorat est nécessaire pour que la vision biblique de l’église  (particulièrement dans Éphésiens 4.1-16 et 1 Corinthiens 12.14)

3. Concentrez le rôle du surintendant de la conférence sur le mentorat pastoral, le renouvellement des églises qui existent déjà, et l’implantation d’églises.

Les surintendants de la conférence sont tout d’abord des pasteurs pour les pasteurs. Leur rôle est bien résumé par l’apôtre Paul dans sa remontrance aux anciens d’Éphèse : «Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au sein duquel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour faire paître l’Église de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Actes 20.28; le passage complet, versets 17-35, est important concernant le mentorat.)

Il est certain que cette approche devient de plus en plus facile lorsque les deux premières suggestions citées plus haut commencent à porter fruit.  Dans la plupart des cas, seuls les pasteurs déjà formés comme disciples peuvent devenir des surintendants du mentorat.

Pour mesurer le succès d’un surintendant de conférence, on doit compter le nombre de pasteurs qui ont effectivement été encouragés et conseillés, le nombre de congrégations qui ont été revitalisées pour la mission, et le nombre de nouvelles églises implantées et qui fonctionnent bien, tout particulièrement chez les pauvres. Ce processus ne sera pas efficace si on prend des méga-églises comme modèles.  Il a été prouvé que les vrais mouvements produisent des congrégations qui sont petites mais très vivantes et non des super-églises.  

Les méthodistes libres du début comprenaient très bien qu’ils n’étaient pas appelés à édifier des églises « populaires » qu’on appelle aujourd’hui des méga-églises). Si des méga-églises émergent par elles-mêmes, si elles résultent d’un ministère accompli fidèlement, il s’agit aussi bien d’un sujet de célébration que d’un drapeau rouge puisqu’un autre principe sociologique nous dit que lorsque le nombre de personnes subit une grande croissance, cela signifie que l’engagement personnel décline, à moins que l’église ne s’organise comme un nid d’abeille et bénéficie de la formation des disciples et de cellules ministérielles. 

En d’autres mots, le rôle des surintendants constitue une version élargie du rôle des pasteurs.  Ils doivent aider à équiper les pasteurs et les congrégations pour l’œuvre ministérielle (Éphésiens 4.11-12)

Cela comporte aussi une implication de la part des évêques puisqu’au départ, les évêques sont les pasteurs du plus grand troupeau. Leur rôle premier n’est pas de nature administrative mais plutôt un rôle de pastorat et d’inspiration.  Ils doivent être le pasteur des surintendants (être leur mentor, les instruire, les encourager) afin qu’ils puissent être les pasteurs des pasteurs des congrégations locales; ils doivent les guider et les équiper pour le ministère. 

L’administration demeure nécessaire mais cela doit être secondaire et fonctionnel pour la mission.

4.  Réinventer les « class meetings » des méthodistes du début.

Les cours et rencontres en petits groupes, au début du méthodisme, ont été  la clef de sa vitalité, de sa croissance, et de sa puissance de survie.  Pourtant, comme je l’ai expliqué dans « Populist Saints », le méthodisme libre n’a jamais expérimenté cette façon de procéder utilisée au début.  Lors de l’arrivée de B.T. Roberts sur la scène, ces « class meetings » avaient déjà perdu leur fonction originale.

Toutes les églises dynamiques (au moins, en ce qui concerne l’Amérique du Nord) ont un certain type de réunions en petits groupes, qu’il s’agisse de cellules ou de groupes-maisons. Toutefois, cela n’est pas le cas dans l’Église méthodiste libre au complet quoique depuis des générations, le Livre de Discipline a continué d’en faire mention et a incité ses membres à faire partie de ces rencontres. Il nous faut un équivalent contemporain à ces rencontres en petits groupes. Il ne s’agit ni de classes d’école du dimanche, ni d’un groupe d’étude de la Bible, ou d’un groupe de fraternisation et de prière. Il s’agit plutôt d’une structure de responsabilité mutuelle qui possède des règles approuvées par les partenaires (un engagement incluant des disciplines spécifiques). Ces « class meetings » doivent être réinventés pour convenir à notre époque et faire partie de la structure de base de l’Église méthodiste libre. Ces cours/réunions devraient inclure des disciplines spécifiques qui couvrent des sujets importants tels que la gérance de notre temps, l’intendance financière, les relations familiales, le témoignage et les soins à prodiguer à la création.  C’est uniquement dans un tel contexte communautaire, en face à face, que les questions suivantes peuvent être étudiées de façon efficace (de façon rationnelle et non légaliste). 

Est-ce que je rends honneur à Dieu dans mon intendance financière? Quelles sont les directives que nous suivons, moi et mes enfants, concernant la télévision, l’Internet, les films, et autres formes de divertissement? Est-ce que je passe du temps chaque jour à prier et étudier la Bible? Est-ce que je prends soin de la création de Dieu de façon pratique à chaque jour en faisant du recyclage? De quelle manière suis-je impliqué dans la mission de Dieu, au niveau global et au niveau local? Quelle est ma contribution à la vie et à la mission de notre église locale? Quelles sont mes relations avec ma famille et avec mes collègues ou camarades de travail? Est-ce que mon amour pour Dieu et les autres grandit? Est-ce que je vis la synthèse méthodiste libre ainsi que l’appel qui en découle? Est-ce que j’utilise mes dons pour la mission et la gloire de Dieu? De quelle manière est-ce que ma vie bénéficie aux pauvres et aux opprimés du monde? Est-ce que le travail que je fais dans mon poste/emploi est conforme aux valeurs reliées au Royaume de Dieu?

Si nous ne répondons pas à ces questions dans un contexte communautaire d’amour et de « redevabilité », il est probable que nous n’y répondons pas vraiment.

Une équipe de travail particulière pourrait concevoir une sorte de rencontres adaptées à notre temps.  La participation à de tels groupes devrait être obligatoire, non optionnelle, et pour les membres adultes seulement. Les résultats d’une telle mise en œuvre sont faciles à prévoir : des méthodistes libres plus engagés et contre-culture; une croissance lente du nombre de membres au début mais qui continue de progresser de plus en plus avec le temps.

Réinventer ces rencontres constitue une suite logique à ce qui précède concernant la formation des disciples et le mentorat. Nous deviendrons des personnes plus matures, plus engagées et aussi des pasteurs plus efficaces, par exemple, lorsque notre église commencera à récolter les fruits provenant des familles formées dans ce type d’environnement. Voilà le point de départ du mentorat informel et efficace au sein des églises locales et des petits groupes.

Le mentorat informel et efficace commence ici, dans les églises locales et en petits groupes.  

5.  Racontons notre histoire; « répétons » cette histoire.

Les premiers chapitres de ce livre, et particulièrement ceux qui ont été écrits par Doug Newton et Stan Ingersol, nous montrent combien il est important de dire et de raconter notre histoire familiale, comme faisant partie de l’histoire complète du sauvetage et de la rédemption que Dieu est en train d’accomplir.

Aujourd’hui, ce monde compétitif et très attirant dans lequel nous vivons nous présente des histoires qui nous incitent fortement à modeler nos vies selon des modèles qui ont une attraction perverse. Les récits qui ont le plus d’impact sur nous viennent de la télévision, de l’Internet, et de la publicité; on pourrait dire qu’à l’heure actuelle ces médias sont en train de se fusionner. La diversité des spectacles, la diffusion des nouvelles, et les communications par Internet sont toutes des formes de marketing.  « Everything for sale » est un livre dont le titre peut se traduire par « tout est à vendre ». Est-ce que nous voulons que la moralité de nos enfants et de nos églises soit formée selon des mythes manipulateurs du marketing, ou par la « contre-histoire » de l’Évangile du royaume et des moyens utilisés, soit la synthèse méthodiste libre et le charisme de cette église qui nous ont été présentés?    

Raconter notre histoire, c’est partager nos témoignages personnels concernant l’oeuvre que Dieu fait dans nos vies.  Le méthodisme du début a prospéré en partie à cause de ces témoignages qui parlaient des expériences de nos vies et expliquaient bien comment la grâce de Dieu transformait nos vies. 

Lorsque nous entendons des chrétiens nous parler de comment Dieu a oeuvré dans leurs propres histoires et comment il y travaille toujours, nous sommes rafraîchis et renouvelés.  Il s’agirait donc, en fait, de rattacher ces témoignages à l’histoire plus élargie de notre église à travers l’histoire. Le type de réunions où on encourageait les témoignages personnels peut être réinventé puisqu’on peut voir que les histoires individuelles s’intègrent très bien dans la narration plus étendue qui parle de Dieu qui n’a pas cessé d’être à l’œuvre.

Nous devons nous raconter les uns aux autres notre histoire, en petites bouchées, grâce à des anecdotes et des incidents, comme toute culture vivante le fait. Nous devons avoir l’opportunité de constater combien les petites histoires font partie de la plus grande mosaïque.  Et cela inclut ce que Dieu a fait et ce qu’il continue de faire en utilisant de façon importante les méthodistes libres, à l’échelle mondiale.

Les ressources sont déjà disponibles; ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de le faire et de le dire.  Il s’agit là d’une fonction-clef des autres étapes mentionnées plus avant, soit construire la communauté, utiliser le mentorat, et nous entraider au plan relationnel à devenir des disciples. Les histoires façonnent le comportement et l’attitude quand nous les mettons en pratique dans la communauté et au sein de nos familles alors qu’elles ne changent pas grand chose dans notre façon d’agir si elles demeurent sous forme d’écriture seulement ou dans des archives.

L’histoire méthodiste libre, qui fait partie de l’histoire chrétienne plus étendue de la création, de la rédemption, et de la nouvelle création, s’imprégnerait dans notre vie communautaire. Ces histoires devraient être incorporées aux sermons, reprises dans les familles et les petits groupes, et partagées durant les cours offerts aux nouveaux membres, en plus d’être un pré-requis pour la formation des pasteurs.  Le tout devrait être servi à petites doses.       

Comme faisant partie de la grande histoire chrétienne, notre histoire devra continuer de répéter la vision qui fut à l’origine du méthodisme libre, soit: « maintenir le standard biblique de la chrétienté et prêcher l’évangile aux pauvres. »  Cela ne nécessite pas autant d’être réinterprété que d’être répété et pratiqué. 

6. Enseigner la sainteté comme étant la pensée de Christ à travers la plénitude du Saint-Esprit. 

La sainteté ou « ressemblance à Christ » doit toujours être notre point de mire.  Toutefois, il n’existe aucune bonne raison pour continuer d’utiliser le langage de « la perfection » ou de « la sanctification entière ». Voici trois bonnes raisons pour justifier cela: (1) les termes ne sont pas les termes principaux utilisés dans les Écritures concernant la sainteté; (2) ces termes étaient déjà problématiques dans le temps de Wesley; et (3) dans notre culture actuelle, ces termes ne communiquent pas bien ce que la Bible enseigne vraiment.

Les partisans de la sanctification entière eux-mêmes comprennent souvent mal ce que Wesley voulait exprimer.  Le terme « perfection » ne signifie pas pour nous ce qu’il signifiait pour Wesley ou pour les rédacteurs bibliques.  Nous pensons à la perfection comme à quelque chose qui ne peut être amélioré, quelque chose qui est sans faute alors que Wesley pensait au perfectionnement, soit vivre en grandissant constamment dans la grâce.  De nos jours, nous n’utilisons pas le mot « parfait » dans ce sens. Wesley comprenait la perfection dans le sens dynamique de la Bible et non selon le sens statique contemporain.  

Puisque la Bible nous offre une panoplie de termes, utilisons donc ceux qui sont propres à notre contexte contemporain.  Wesley a dit que la perfection chrétienne signifiait « avoir la pensée de Christ; être conforme à l’image de Jésus; et marcher comme il a marché. Or, ces mots sont des termes bibliques.  La « pensée de Christ » exprime beaucoup plus qu’une attitude semblable à Christ. Cela signifie une mission semblable à Christ; pratiquer/faire l’expérience de la pensée missionnelle que Jésus a démontrée, qui était centrée sur un seul but : « Que Dieu puisse être glorifié par l’avènement de son royaume sur terre, mais aussi au ciel ! ». (Remarquez comment Jésus parle de sa propre mission dans l’évangile de Jean.) 

Pour Wesley, la sanctification entière parlait d’une ressemblance pratique à Christ accordée par le Saint Esprit et qui impliquait généralement une deuxième étape/crise spirituelle plus significative que celle de la conversion.

La phrase qui peut le mieux expliquer cela aujourd’hui serait: « Mettre en pratique la pensée de Christ grâce à la plénitude de l’Esprit.  « La pensée de Christ » (1 Corinthiens 2.16 et autres passages); « l’intention de l’Esprit » (Romains 8.27 Nouvelle version Louis Segond révisée) et  « sa plénitude » (Jean 1.16; Éphésiens 1.23, 3.19, 4.13; Colossiens 1.19 et autres passages qui sont des mots-clefs de la Bible. Paul dit aux chrétiens qu’ils ont  « tout reçu pleinement en lui » (Colossiens 2.10) et exhorte les croyants à être « remplis de l’Esprit » (Éphésiens 5.18).  

La beauté du terme « plénitude » provient du fait que ce terme réunit trois dimensions, soit : être rempli de l’Esprit; la plénitude de Jésus-Christ dans l’Église; et la plénitude de Jésus dans toute la création. C’est l’Église entière qui grandit en Christ, « à la mesure de la stature parfaite du Christ. » Aucun chrétien ne peut atteindre seul cette plénitude. Toutefois, lorsque nous sommes remplis de l’Esprit, nous grandissons et devenons comme Jésus, constituant vraiment son Corps rempli de l’Esprit.  Cela implique habituellement une crise et aussi un processus, le tout étant facilité par la communauté (en petits groupes).  

Il s’agit de quelque chose d’extrêmement pratique puisque nous pouvons aider les croyants à apprendre à connaître Jésus-Christ de façon approfondie s’ils sont remplis de l’Esprit et vivent ensemble au sein d’une communauté chrétienne.  Cela est donc conforme à la mission rédemptrice qui découle des mots prononcés par Jésus, « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » (Jean 20.21) 

Voilà ce que John Wesley voulait dire par « all inward and out¬ward holiness » (toute sainteté intérieure et extérieure): aimer Dieu de tout son coeur, de toute sa force, de toute son âme et de toute sa pensée; et aimer son prochain comme soi-même (qu’il soit proche ou loin).

Cette signification de la « sanctification entière » peut réapparaître.  La Bible nous montre le chemin et nous dicte le langage que nous devons utiliser.  Dans l’histoire de l’Église, il est souvent arrivé qu’on expérimente un renouveau provenant du Saint- Esprit après avoir découvert un langage biblique authentique qui a servi d’outil pour mieux communiquer dans un certain contexte culturel.   

7. Mettre l’emphase sur la mission et le royaume de Dieu tout en gardant l’évangélisation des pauvres en priorité.

Dieu n’appelle pas l’Église méthodiste libre à œuvrer pour son propre profit, ni seulement pour grandir, et non pas pour succomber à la culture de consommation.  Dieu nous appelle à remplir sa mission dans le monde, c’est-à-dire la mission de la Trinité qui peut s’expliquer comme suit : Dieu le Père a envoyé son Fils dans le monde par la puissance du Saint-Esprit afin d’apporter la rédemption et renouveler la création.  Il nous appelle et nous invite à nous joindre à sa mission.

Ce n’est pas uniquement que l’Église méthodiste libre a une mission mais plutôt que la mission de Dieu bénéficie d’une église dans laquelle l’Église méthodiste libre accomplit une partie de l’œuvre globale. Le verset « Cherchez premièrement son royaume et sa justice » (Matthieu 6.33), nous dit de faire notre part dans la mission de Dieu. 

Le royaume de Dieu parle d’une vue d’ensemble, du scénario complet. Il s’agit du but que Dieu est certain d’atteindre (que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel) selon son plan-maître, soit : que toutes choses dans le ciel et sur la terre soient réconciliées et guéries à travers Jésus-Christ (voir Éphésiens 1.10 et Colossiens 1.20).

En grande partie, cela s’accomplit « à travers l’Église » (Éphésiens 3.10).

Si nous sommes fidèles à Dieu, nous savons où nous allons : « La connaissance du Seigneur remplira la terre comme les eaux recouvrent le fond de la mer (Ésaïe 11.9).  Le Messie « ne faiblira pas ni ne s’esquivera jusqu’à ce qu’il ait établi le droit sur la terre (Ésaïe 42.4). 

La Bible dit qu’un des signes du Royaume de Dieu et de sa mission efficace est que la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. C’était  l’optique la plus importante de B.T. Roberts. Voilà le charisme du méthodisme libre et aussi la clef du renouveau méthodiste libre, aujourd’hui. 

En 2004, les Missions mondiales méthodistes libres ont publié un document significatif de 63 pages, intitulé A Theology of Mission for Free Methodist World Missions (une théologie sur la mission pour les missions méthodistes libres mondiales). Cette ressource de qualité concorde très bien avec la mise en évidence de la mission que je suggère ici. 

Conclusion

Ces sept étapes peuvent insuffler une nouvelle vie à l’Église méthodiste libre avec le temps. Nous le croyons parce que ces étapes sont bibliques et pratiques.  Construire une communauté dans nos institutions académiques, développer des dirigeants grâce au mentorat, refaire le point sur le rôle du surintendant, réinventer « la class meeting », reconstituer/répéter notre histoire, enseigner la sainteté grâce à l’Esprit, comme étant la volonté de Christ, et mettre l’emphase sur la mission selon le point de vue du Royaume de Dieu.

Il ne s’agit pas de l’image globale, bien sûr, puisqu’on pourrait en dire long sur d’autres sujets tels que : les sacrements; le culte et la liturgie; les styles de musique de divers styles, soit : « traditionnel », « contemporain », et « entremêlé »; la justice économique et écologique; les façons d’évangéliser, et les sujets délicats particuliers.  Si on tient compte des phases de notre histoire, ces sept étapes sont déterminantes.  

La recherche de l’esprit méthodiste durant la dernière génération nous indique cette voie. Voici une réponse à une question majeure: « Pourquoi avons-nous toujours besoin d’une église méthodiste libre? Ne devrions-nous pas nous fusionner à l’évangélisme générique, ou tout bonnement nous fondre dans la grande ligne du méthodisme?

Si nous connaissons la grâce de Dieu et que nous comprenons notre histoire, la réponse est NON.  Notre identité, en tant que méthodistes libres, est enracinée dans notre histoire de façon toute particulière. Ce que Dieu a dit à Israël constitue un parallèle avec le méthodisme libre, étant donné que pour tous ceux qui ont entendu et répondu à la grâce de Dieu de façon authentique, Dieu a dit: « Sois sans crainte car je t’ai racheté; je t’ai appelé par ton nom; tu es à moi. » (Ésaïe 43.1). 

================================================================= Note: L’analyse de ce chapitre est basée sur de nombreuses sources provenant de  l’histoire, de la sociologie, et de la théologie.  Pour en faciliter la lecture, je n’ai pas mis de notes de références.  J’ai plutôt pourvu une bibliographie afin que ceux qui le désirent  puissent analyser ces questions en profondeur.   

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