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Perspectives wesleyennes sur les femmes dans le ministère

Karen Strand Winslow, docteur en philosophie
Azusa Pacific University
Juillet 2005

 

Cette présentation a été créée pour remplir un besoin d’enseignement sur l’ordination et le placement des femmes pasteurs dans les églises méthodistes libres afin que les gens de l’intérieur de l’église, comme ceux de l’extérieur, puissent faire l’expérience du Salut de Dieu, tel que prêché et démontré par les femmes pasteurs.  En dépit de notre position dénominationelle formelle qui est d’ordonner des femmes en tant qu’anciens et les placer, les femmes méthodistes libres font face à l’opposition de la part des congrégations locales qui n’ont pas résolu leur opposition aux femmes ministres.  Beaucoup de choses ont été faites pour améliorer ce problème qui provient, à un degré significatif, de notre manque d’éducation, d’exposition et d’expérience.  Cette présentation, demandée par le Conseil des évêques, a été créée pour réagir aux objections et répondre aux questions concernant les femmes pasteurs.

Ceux qui résistent aux femmes qui prêchent et qui sont dans le ministère le font souvent en se basant sur 1 Cor. 14.34-35 et 1 Tim. 2.12-15 qui semblent empêcher les femmes corinthiennes et éphésiennes du premier siècle de parler (converser) et d’enseigner dans l’église naissante.  Toutefois, certains de ces méthodistes libres ne sont pas au courant de la raison pour laquelle leur église ordonne des femmes.  Comme beaucoup de chrétiens, ils pensent que le Nouveau Testament permet aux femmes de servir dans divers champs de l’église, sauf en tant que pasteur ordonné.  Une grande partie de la discussion qui suit examine donc ces passages.

Les églises méthodistes libres endossent les principes de foi et de pratique de la pensée théologique wesleyenne. Le terme ‘’wesleyen’’ veut dire une méthodologie holistique qui embrasse largement les Écritures, la tradition, la raison et l’expérience et évalue l’applicabilité de chaque point du quadrilatéral pour présenter leurs préoccupations, comme le sujet des femmes dans le ministère.  Donc, même si ce qui suit inclut des exemples de l’approche des Écritures par John Wesley et sa décision d’encourager certaines femmes à servir et à prêcher, ce n’est pas exclusivement un examen de son point de vue sur les femmes dans le ministère.

Je commence quand même avec l’affirmation de Christ envers les femmes et sur les nouvelles pratiques du Mouvement pour Jésus et de l’Église primitive à cet égard. Je débats ensuite, en certains détails, les passages du Nouveau Testament utilisés le plus souvent pour empêcher les femmes de prêcher la Parole et de baptiser les convertis : 1 Corinthiens 14 et 1 Timothée 2, utilisant la raison, l’expérience, la tradition et les Écritures elles-mêmes pour interpréter les Écritures.  Je me pencherai sur l’approche de John Wesley concernant la prédication des femmes et leur ordination dans son temps et je conclurai en présentant les arguments de B.T. Roberts, le fondateur de l’Église méthodiste libre qui, lui aussi, aborde les passages ‘’restrictifs’’ du Nouveau Testament de même que certaines inquiétudes pratiques en utilisant le Quadrilatéral Wesleyen pour plaider effectivement pour l’ordination et le placement des femmes à des postes.

Jésus et les femmes

Dans cette discussion au sujet des femmes dans le ministère, nous devons premièrement nous rappeler la révolution que Dieu a créée en s’incarnant en Jésus et en déversant l’Esprit du Christ sur toute chair, sans distinction, mâle et femelle (Joël 2.28-32; Actes 2.16-17).  Selon les Évangiles, Jésus a enseigné à des femmes, pris comme disciples, touché et soigné des femmes; des femmes ont pris soin de lui tout au long de son ministère; elles l’ont suivi jusqu’à la croix et au tombeau.  Plusieurs de ces femmes sont devenues apôtres, envoyées par le Christ ressuscité dire à ses amis effrayés, en deuil, cachés, qu’Il était ressuscité et de le rejoindre en Galilée.[1]   Jésus (spécialement dans Luc) affirmait qu’il y aurait un changement imminent dans les systèmes culturels de la hiérarchie — les humbles seraient exaltés, les puissants seraient abaissés.  Les femmes faisaient partie des opprimés et étaient sensibles au message de Jésus et à son association avec elles.

L’esprit de Dieu (Actes 2) descendit sur les femmes et les hommes qui commencèrent à prophétiser alors que l’ère de l’immanence de Dieu sous la forme de l’Esprit Saint naissait. Les femmes étaient actives dans les toutes premières réunions, incluant spécialement les églises qui se formaient autour de Paul.[2]

Les femmes dans les églises de Paul

Paul croyait qu’une nouvelle ère avait commencé à poindre avec une nouvelle création : ceux qui étaient baptisés en Jésus ne devaient pas être divisés selon leur statut social, mais unifiés.  Gal. 3.28 est une formule baptismale pour toutes sortes de gens alors qu’ils entrent dans la communauté de Christ.  Les femmes ont dû être soulagées d’apprendre qu’en Christ elles n’étaient pas incomplètes et inférieures aux hommes. [3]  Même si Paul a prêché qu’en Christ il y avait l’unité, il n’a pas cherché une révolution sociale comme la libération des esclaves et des opportunités égales pour les femmes.

Il voyait les différences entre les hommes et les femmes reflétées dans les rôles sociaux coutumiers (1 Cor. 11.3-16).  Plus important encore, le temps était court (1 Cor. 7.17)!

Un passage souvent utilisé pour s’opposer aux femmes en tant que pasteur ordonné est 1 Cor. 14.34-35.[4]  Certains argumentent que ceci n’est pas la position de Paul mais plutôt les arguments de son adversaire que Paul répète pour les réfuter.  (C’est sa méthode habituelle ailleurs mais il n’y a pas de ‘’loi’’ dans les Écritures qui mentionne qu’il n’est pas permis aux femmes de parler dans l’assemblée).[5]

D’autres voient les versets 34-35 en tant que remarque intercalée, étant donnée que, dans les premiers manuscrits, cette section se retrouve à différents endroits à travers la narration. Si elle était insérée dans 1 Corinthiens plus loin, dans le processus de transmission, cela refléterait une accommodation aux mœurs de la société qui est aussi reflétée dans les Épîtres pastoraux, dont nous discuterons plus tard.  Il y a clairement un changement de sujet car si les versets34-35 étaient enlevés, il n’y aurait pas de brisure dans le contexte discuté; ordre dans les prophéties.  Dans tous les cas, les versets 34-35 conseillent aux femmes de ne pas converser et poser des questions dans les assemblées; il n’est rien dit qui les empêche de prophétiser, de prêcher ou de prier, ce qui arrivait manifestement sans censure puisque dans ces conditions, elles devaient se couvrir la tête (1 Co 11.5 et13). [6]

Même s’il a essayé de renforcer les coutumes telles que se couvrir la tête, dans les églises de Paul, il y avait un mouvement clair vers l’égalité qui reflétait l’attitude de Jésus envers les femmes : une ouverture aux femmes et à leur dons. Il y a toutefois des différences marquées entre les premières lettres de Paul et les Épîtres pastoraux.  Pour nous aider à comprendre ces différences, nous devons analyser les perspectives des gens vivant dans la culture greco-romaine du premier siècle où les faibles devaient toujours être soumis aux plus forts.  Par Exemple, les femmes devaient être dominées socialement et sexuellement par les hommes.  Être dominée et/ou pénétrée devait démontrer la perte de l’honneur.  Les femmes qui parlaient ou montraient  de l’autorité dans n’importe quel cadre social ne semblaient pas normales.  Les femmes qui atteignaient des niveaux d’autorité, contrairement à la coutume, étaient accusées de ne pas connaître leur place, d’être des agresseurs sexuels, d’apporter la honte sur leur mari et leur famille.  Mais les églises chrétiennes ont démarré dans les foyers qui étaient du domaine des femmes.  Donc, il était naturel que les femmes soient impliquées et aient un rôle important dans la formation des églises et la proclamation de l’Évangile.

Toutefois, dans les premières églises, pour les adversaires du christianisme, un nombre démesuré de femmes représentait une faiblesse.  Les écrivains païens critiquaient ce mouvement et il paraît que ces critiques ont plus tard affecté certaines écritures chrétiennes telles que les Épîtres pastoraux.[7]  Un grand nombre des défenseurs de la foi ont nié d’autres accusations mais jamais celle-ci.

Graduellement, l’église a grandi et a occupé une présence plus publique.  De plus en plus des Gentils furent convertis et leur manière tout à fait hiérarchique de voir les relations entre hommes et femmes ont exercé une influence.  Ces points de vue étaient considérés comme « naturels ».  Certains interprètes des Écritures juives les ont utilisés pour supporter les perceptions négatives des femmes.[8]   Par exemple, certains chrétiens utilisaient Jésus et Paul pour supporter le célibat et/ou la participation égale des femmes dans l’assemblée.  Mais, ceci n’était pas populaire pour d’autres!  De plus, il était évident que les célibataires ne pourraient jamais produire de nouvelles générations de croyants.

Les Épîtres pastoraux

Au lieu d’encourager les gens à demeurer célibataires (1 Cor. 7.8), 1 Tim. 5.14 encourage les jeunes veuves à se marier, avoir des enfants et protéger leur modestie, ce qui était ‘’naturel.’’  Et, comme c’est habituellement traduit et interprété, 1 Tim. interdit aux femmes d’enseigner (1 Tim. 2.12-15).  Je parlerai de ce passage plus tard.  Ironiquement, les groupes qui de nos jours ordonnent les femmes sont accusés d’accommoder la société, ce qui serait valable si ce n’était pas aussi clair que le précédent et ce que les Évangiles nous démontrent concernant le ministère de Jésus et de Paul.   Mais, ce n’est pas un bon témoignage pour les chrétiens lorsqu’ils montrent la voie mais ne la suivent pas.

Nous sommes façonnés par ce que nous voyons et par ce que nous ne voyons pas; ce que nous expérimentons et ce dont nous n’avons pas fait l’expérience.  Même dans les églises comme l’Église méthodiste libre qui  prône l’ordination des femmes, le pouvoir de l’exposition, des coutumes ou d’un manquement dans ces domaines creusent des marques profondes à l’intérieur de nous.  Certains méthodistes libres se rappellent des femmes pasteurs qu’ils ont connues lorsqu’ils étaient enfants.  Ils se rappellent et racontent des histoires sur elles parce qu’elles ont eu un impact sur des vies.  Toutefois, la plupart des chrétiens sont habitués aux hommes pasteurs.  Les femmes parlent, enseignent et posent des questions tous les jours dans nos églises, mais on ne voit pas souvent des femmes pasteurs.  Nous associons le pastorat aux hommes à cause de nos expériences mais nous croyons que c’est le Nouveau Testament qui dit que les femmes peuvent tout faire dans l’assemblée sauf prêcher et être pasteur.

Ma formation éducative à ce sujet a pris un nouveau tournant le jour où j’ai assisté à une conférence donnée par le docteur Gordon Fee, à l’été de 1988, intitulée « Les Femmes dans le Ministère. »  Cet érudit du Nouveau Testament a exposé 1 Tim. 2.12-15  « Je n’autorise pas les femmes à enseigner…» dans le contexte des inquiétudes exprimées tout au long de Timothée 1 et 2 au sujet de l’église d’Éphèse.  Fee a plaidé en faveur de l’ordination des femmes, affirmant que les mots concernant les femmes dans Timothée 1 ne s’appliquaient qu’à cette période de temps et à ce lieu et qu’ils ne faisaient pas partie d’un manuel de discipline de l’église qui aurait été rédigé pour toutes les églises de tous les temps.  Il y a beaucoup de preuves dans les lettres qui indiquent qu’il y avait de faux enseignants conduisant de jeunes veuves à s’égarer dans leur propre maison et enseignant à d’autres ces fausses doctrines.[9]

Une approche wesleyenne sur ce sujet nous amène à raisonner et à utiliser notre expérience des Écritures et à se demander « Est-ce que les conditions présentes à l’intérieur de certaines des premières églises existent aujourd’hui? »  Aujourd’hui, est-ce que les femmes dans cette partie du monde sont toujours non-éduquées, indisciplinées et nouvelles face à cette discussion, comme elles l’étaient à Corinthe?  S’agit-il de jeunes veuves vulnérables aux faux-enseignants qui viennent dans leur demeure leur enseigner de fausses doctrines et qui font de nouvelles prosélytes comme à Éphèse?  Notre expérience répond, « Non, ces conditions n’existent plus aujourd’hui. »  La conclusion raisonnable est donc : « Si les conditions n’existent pas, alors, les règles ne devraient pas exister non plus. »  En fait, c’est la manière dont nous traitons la plupart de ce qui est dans la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament.  Est-ce que nous insistons pour garder les précédents juridiques trouvés dans Exode, Lévitique et Nombres?  Qu’en est-il du rituel pour la femme d’un mari jaloux trouvé dans Nombre 5.14-31?  Est-ce que nous insistons pour que les femmes couvrent leur tête à cause des anges lorsqu’elles viennent à l’église pour prier et prophétiser, comme le suggère 1 Cor. 11?  Est-ce que toutes les femmes chrétiennes doivent avoir les cheveux longs et les hommes les cheveux courts?  Est-ce que nous nous occupons des veuves et pourvoyons pour elles tel que prescrit dans 1 Tim., en fait, dans la même épître où la traduction anglaise indique que l’auteur empêchait les femmes d’enseigner en général?  Pourvoir pour les veuves dans nos églises locales serait une pratique humanitaire, mais les églises qui sont contre cette pratique insistent pour continuer d’empêcher les femmes à enseigner.

Utilisent-ils une distorsion du grec pour lui faire dire qu’il ne faut pas avoir de femmes pasteurs, ou encore, ils permettent aux femmes d’enseigner mais les empêchent de prêcher ou de devenir pasteur.  Il y a d’innombrables autres exemples des admonitions trouvées dans les Écritures que nous prenons à la légère sans essayer de les normaliser.

Toutefois, il y a autre chose qui doit être dit au sujet de 1 Timothée 2.12-14, qui est la partie des Écritures la plus utilisée par les églises et les individus contre les femmes qui prêchent, qui enseignent et qui sont pasteurs.  Une approche Wesleyenne à cet égard examine premièrement 1 Timothée 2.12-14 dans sa langue originale comme l’ont fait Catherine et Richard Clark Kroeger.[10]  Suivant le grec de très près, ils traduisent ce passage  comme suit: « Je ne permets pas à une femme d’enseigner [11] qu’elle était la créatrice ou à l’origine de l’homme,[12] mais elle doit être en conformité [13] avec les Écritures parce qu’Adam a été formé en premier, et Ève ensuite… »  Les Kroegers continuent en nous rappelant que ce passage pourrait être dirigé contre une mythologie protognostique glorifiant Ève en tant qu’illuminatrice et sauveuse qui a précédé l’homme dans la création et qui l’a conduit au savoir du Dieu Très Haut en mangeant de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.  L’homme aurait été trompé pour lui faire croire qu’il avait été fait avant Ève.  C’est cette mythologie que l’auteur de 1 Timothée 2 essayait de réfuter.

Une approche wesleyenne nous incite à nous demander, quand nous examinons 1 Tim.  2.12-15, :  « Est-ce que Genèse 2 enseigne que les femmes ne devraient pas enseigner parce que l’homme fut créé avant la femme ou est-ce que l’auteur va à l’encontre de ce thème ancré dans des créations mythiques de démiurge (créateur du monde), que la femme fut créée avant l’homme et qu’elle l’avait édifié/illuminé en lui faisant connaître le Dieu Très Haut en mangeant du fruit de l’arbre du bien et du mal? » [14] Il est évident qu’en dépit d’une tradition d’interprétation, le point du narratif de Genèse 2 n’est pas qui a été créé avant ou qui est inférieur, mais plutôt qu’il n’est pas bon pour les humains de vivre seuls, que Dieu a transformé ce qui était un et seul en deux personnes qui se sont jointes ensemble avec joie, unies dans une intimité sans honte.  Un est devenu deux pour régler la problème de solitude; les deux deviennent un encore une fois et le premier mariage fut réalisé.

Notre raison demande que nous procédions à l’examen de 1 Tim. 2.15, qui est habituellement traduit par : « Cependant elle sera sauvée par sa maternité, à condition de persévérer dans la foi, l’amour et la sainteté, avec modestie. »  Le mot « elle » qui précède est la femme prototype du verset 14, celle qui a été trompée – contrairement à cette femme éclairée originale des documents de Nag Hammadi.  La femme sera sauvée par sa maternité… en dépit des avertissements contre le mariage et la maternité par les faux-enseignants qui interdisaient le mariage et la maternité (1 Tm 4.3, 5.14).  Les Kroegers, en écrivant « I Suffer Not a Woman… », ont raison quand ils disent que le fait d’avoir des enfants n’empêche personne d’être sauvé.  Ceci se rapporte directement à l’avertissement corollaire fait aux jeunes veuves de se marier et d’avoir des enfants (1 Tim. 5.14-15).

La raison, l’expérience et la tradition affirment toutes que personne dans la tradition paulienne n’affirmerait que les femmes sont sauvées au moyen de la maternité;  le salut vient par la grâce et la loyauté de Jésus.  Les femmes peuvent certainement être sauvées « même si elles sont des mères. »  Elles ne doivent pas demeurer célibataires et sans enfants pour atteindre le salut, comme les faux-enseignants le proclamaient.  Le salut est pour tout le monde, mère ou non, qui progresse dans la foi, l’amour, la sainteté et le bon sens.[15]

Passons maintenant aux croyances et pratiques de John Wesley au sujet des femmes prédicatrices.  Wesley était un homme réaliste, pragmatique et raisonnable dont les opinions ont évolué avec le temps et ont influencé ses pratiques alors qu’il s’occupait de son entourage et des besoins et des dons de ceux qui appartenaient à sa grande paroisse.

John Wesley et les femmes pasteurs

Wesley a initialement dénoncé les pratiques des Quakers qui autorisaient les femmes à prêcher à une assemblée de l’église mais dans ses « Explanatory Notes Upon the New Testament », il a approuvé modérément l’avertissement de 1 Corinthiens, « que les femmes soient silencieuses » en disant « sauf si elles sont sous l’impulsion extraordinaire de l’Esprit ».  Il a vu l’efficacité des femmes qui parlaient dans les cellules et a donc dû trouver la différence entre des femmes qui « exhortent », qui « témoignent » et qui « prêchent ».

Wesley a été un réformateur en ce qui concerne les femmes dans le ministère.  Il assumait que Paul interdisait aux femmes de prêcher mais son expérience lui démontrait que les femmes faisaient partie des meilleurs prédicateurs et pasteurs.  Il a remarqué que l’expérience de Paul incluait des femmes qui priaient et prophétisaient dans l’assemblée.  Wesley commença donc par encourager les femmes touchées par le Seigneur à « témoigner » tout en évitant « prêcher ».  Plus tard, il affirma que le mouvement de Dieu qui était en train de se produire à cette époque était une circonstance extraordinaire, qui était similaire au récit d’Actes 2,  où Dieu était clairement non-spécifique dans son déversement de l’Esprit Saint.  Il a commencé à encourager les femmes à prêcher dans les réunions de l’assemblée.  Vers la fin de sa vie, quand il a finalement commencé à ordonner des ministres, il a ordonné 2 femmes : Sarah Mallet, une prédicatrice méthodiste efficace que Wesley avait conseillée, tout comme l’était Sarah Crosby qui était une prédicatrice itinérante infatigable.  Leurs succès étaient facilités par le support et l’assistance de Wesley qui croyait que l’opposition aux femmes dans le ministère diminuait pendant ses dernières années.  Après sa mort, cependant,  les opportunités pour les femmes d’accomplir un ministère publiquement ont rapidement décliné.[16]

Il est ironique que l’Église méthodiste libre a si peu de femmes pasteurs, étant donné que son fondateur, B.T. Roberts, plaidait pour les femmes dans le ministère et a même écrit un traité convaincant intitulé « L’ordination des femmes », il y a 101 ans.  Ce document complet devrait être distribué dans nos églises, en particulier dans les églises où la Bible a été utilisée pour contrecarrer l’appel que Dieu envoie présentement aux femmes.  Je vais seulement mentionner quelques points de ces arguments et j’encourage le lecteur à  acheter le livre de Light and Life Communications. [17]

Concernant 1 Cor. 14.35-36, Roberts a dit


« Il y avait du désordre et de la confusion dans l’église corinthienne, tous voulaient parler en même temps pour avancer certains points.  Les femmes corinthiennes étaient peut-être de nouvelles converties de l’athéisme, ignorantes, et incompétentes.  Le texte mentionne que les femmes devraient apprendre dans la tranquillité et non pas en silence et cela ne s’applique pas du tout à la prédication mais seulement à l’acquisition de la connaissance et à la manière d’apprendre.  Paul réprimandait ces femmes, non pas au sujet de la prédication mais au sujet de leur manière d’apprendre.  Il s’agissait d’un remède pour résoudre une difficulté spécifique et le fait de l’utiliser pour contrecarrer les efforts publics de femmes compétentes et disciplinées … sans tenir compte de toutes les preuves non équivoques que les femmes enseignaient effectivement avec la sanction divine serait contredire la Parole de Dieu.

Roberts souligne qu’à travers toutes les épîtres, nous avons des preuves que les femmes priaient et prophétisaient (c’est-à-dire prêchaient) et qu’elles enseignaient dans les toutes premières églises (1 Cor. 6.5, 6, 13,14, 15; 11.5; Phil. 4.3, Rom. 16 passim [Junia était une femme apôtre,  v. 7], 2 Pierre 3.16). Déclarant que la situation décrite dans 1 Timothée 2.11-15 est similaire à la situation corinthienne où l’église était composée de convertis de l’athéisme, il affirme :

« Quand une femme a l’autorité nécessaire pour enseigner, elle n’usurpe pas l’autorité.  L’autorité lui est dûment donnée.  Elle a le droit d’exercer l’autorité de manière appropriée et à l’intérieur des limites appropriées.  Si une femme qui utilise sa voix pour louer Dieu ou déclarer Sa Vérité dans nos églises transgresse les lois/les règles, alors faites-la taire à tout prix.  Si elle le fait correctement, alors, enlevez toute contrainte et laissez-lui la liberté de l’Évangile.  Ces passages sont les seuls passages de ce genre dans la Bible.  Si une confession religieuse les appliquait littéralement, elle n’autoriserait pas le chant, les prières, les témoignages, l’enseignement ou l’écriture de livres religieux. »

Citant une lettre du gouverneur Pliny à l’empereur Romain, Trajan, datée aux environs de l’année 107 après Jésus-Christ, qui parle de la torture de deux femmes ministres de l’église chrétienne, Roberts proteste : « Il semble que les femmes pouvaient être ministres dans l’église des premiers temps, alors que l’église était pauvre et persécutée.  Mais après, quand elle est devenue riche et populaire, les femmes ont été mises de coté. »

Il répond à une objection souvent soulevée contre les femmes ministres, « Si les femmes doivent prêcher, pourquoi Christ n’a pas choisi une parmi les 12?  Alors, si les gentils doivent prêcher, pourquoi Christ n’a-t-il pas choisi un gentil parmi les 12?’’  Après avoir démontré comment la condition de la femme était celle d’une esclave dans la plupart des cultures de ce temps, Roberts dit : « Même si la chrétienté a beaucoup amélioré le sort des femmes, elle n’a pas obtenu pour elles, même dans les nations les plus ouvertes, l’égalité inculquée par l’Évangile. »  Utilisant l’exemple de l’esclavage des africains qui avait le SUPPORT de beaucoup d’églises jusqu’à ce qu’il devienne illégal, Roberts continue en demandant au monde de son temps :

Si ceux … qui ont exprimé le sentiment dominant de leur temps, avaient tellement tort sur un sujet que nous pensons être tellement clair aujourd’hui qu’il est impossible d’en discuter, que tous les hommes ont le droit à la liberté, n’est-il pas possible que les sentiments actuels sur la position que la FEMME devrait occuper dans l’Église de Christ puissent être eux aussi une erreur?’’

Roberts a noté que Wesley ne voyait pas l’ordination comme si elle conférait à l’ordinand un caractère chrétien, et encore moins un caractère angélique ou divin.    L’ordination était nécessaire afin de prévenir que les mauvaises personnes ne s’imposent dans le ministère et ce faisant, amènent le mépris sur l’Évangile.  Les citations qui suivent proviennent directement du traité de Roberts.

« Pourquoi répétons-nous donc, est-ce que la chrétienté ne déracine pas toutes les fausses religions?  Et pourquoi est-ce que cela n’a pas un effet plus marqué sur les vies de ceux qui reconnaissent sa vérité? »  Il doit y avoir une cause.  La raison est que la grande majorité de ceux qui adoptent l’Évangile n’ont pas la permission de travailler selon leur habileté, pour propager l’Évangile… Il est dit qu’environ les deux tiers de tous les membres de toutes les églises protestantes de ce pays sont des femmes.  Malgré cela, dans ces églises, une femme, qu’importe ses qualifications, sa dévotion et son zèle, n’a pas la permission d’occuper la même position qu’un homme.  Le supérieur doit parfois laisser la place à l’inférieur.  L’incapable doit donner des directions; les adeptes doivent obéir.  Le peureux incompétent doit commander.  Une Déborah peut se développer mais les églises, par leurs règlements, l’empêchent de passer à l’avant. Et ces lois doivent être observées même si toutes les autres peuvent être mises de côté.  En conséquence,  elle souffre,  mais c’est la cause de Dieu qui en souffre le plus.  Il est impossible d’estimer l’étendue du tort que l’humanité a subie à cause des restrictions déraisonnables et non bibliques qui ont été imposées aux femmes dans les églises de Jésus Christ.  Si on leur avait donné les mêmes droits qu’aux hommes, depuis les jours des apôtres, ce monde serait très différent.  Non seulement la parole aurait été diffusée plus largement à travers le monde mais son influence, là où la vérité de la Bible est acceptée, aurait été extrêmement plus grande.  Nos nations prétendant être chrétiennes auraient été plus en harmonie avec les enseignements du Christ, dans leurs règlements, leurs institutions et leurs pratiques.  Le grand commandement du Christ commande que ceux qui convertissent des personnes doivent être investis de l’autorité d’administrer le sacrement du baptême.  Il doit donc être permis aux femmes de baptiser, sinon, on ne devrait pas permettre aux femmes d’évangéliser/de convertir des gens.  …Les hommes devraient s’occuper de construire le temple de Dieu au lieu de passer leur temps à pousser leurs sœurs en bas des échafaudages, ces soeurs qui sont capables et qui voudraient travailler avec eux côte à côte.  La raison et la grâce devraient servir à vaincre les préjugés.  Les chrétiens, hommes et  femmes, ne devraient pas attendre que cette juste cause devienne populaire avant de lui accorder leur influence.  Ceux qui le font suivent tout simplement la mode pendant qu’ils pensent suivre Dieu.  Il n’est pas suffisant de dire que le bien triomphera ultimement.  Si nous disons être justes, nous devrions faire triompher le bien.

Finalement, Roberts cite Gal. 3.28 : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre; il n’y a plus ni homme ni femme,  car vous tous, vous êtes un en Jésus Christ. »

Nous devons comprendre Gal. 3.28 pour enseigner, comme ce verset le fait, la parfaite égalité de tous, selon l’Évangile, en ce qui concerne les droits et privilèges, sans tenir compte de la nationalité, de la condition ou du genre.  Cela ne peut s’appliquer seulement au salut ou bien la femme n’aurait pas été mentionnée, car tous croyaient que la femme était incluse dans les provisions générales du salut de l’humanité, même si tous (tel que Pierre) ne voyait pas les Grecs et les esclaves dans ces provisions depuis le début.

Au sujet de Galates 3.28, un sermon que le révérend Luther Lee a prêché lors de l’ordination de Mlle Antoinette Brown le 15-9-1853, à NY, est aussi très utile.

Je ne peux voir comment le texte peut être expliqué de façon à exclure les femmes de quelque droit, office, travail, privilège ou immunité dont les hommes profitent ou qu’ils détiennent, ou qu’ils accomplissent.  Si le texte veut dire quoi que ce soit, c’est que les hommes et les femmes ont des droits, des privilèges et des responsabilités qui sont égaux sur la plate-forme chrétienne. Si j’enlève à cette femme le droit d’exercer ses dons en tant que ministre chrétien, j’affirme pratiquement qu’il y a les hommes et les femmes et que nous ne sommes pas un en Jésus Christ.  Et ce faisant, je contredirais Saint-Paul… »  Si les hommes peuvent appartenir à une église chrétienne, alors les femmes aussi; si les membres mâles peuvent voter dans l’église, les femmes aussi.  Si les hommes peuvent prêcher l’Évangile, alors les femmes aussi; et si les hommes peuvent recevoir l’ordination par l’imposition des mains, les femmes le peuvent aussi.  La raison étant Gal. 3.28.

Pour conclure cet article, je suis d’accord avec la conclusion de B.T. Roberts.  Il a dit : « Alors, nous concluons qu’il n’y a rien dans la création de la femme ou dans sa condition sous la loi qui prouve qu’aucune femme ne devrait être ordonnée en tant que ministre de l’Évangile. »

Je dis que si les femmes peuvent être ordonnées, on doit leur offrir des églises, sinon leur ordination, leur appel, leur éducation, leurs dons ne veulent rien dire.  Et nous travaillerions contre Dieu au lieu de coopérer.  Pour briser les barrières, nos églises doivent être formées et éduquées et c’est la responsabilité de tous ceux d’entre nous qui sommes à la direction de le faire.

L’exposition et les arguments sont persuasifs pour beaucoup mais l’expérience personnelle est beaucoup plus efficace avec la population générale de l’église.  Nous pouvons avoir un plus grand impact sur notre monde et encourager les femmes et les hommes appelés au ministère si nous éduquons nos congrégations en ce qui concerne l’ordination et l’affectation des femmes pasteurs à des postes, si nous leur donnons des femmes pasteurs.

 

Footnotes:

[1] Matthieu. 27.55, Marc 7.24-30, 15.40-41, Luc 3.1-3, 23.49, Jean 4 et 20

 

[2] Par ex.,** Actes 16.1-15 : Lydie; chef de sa maison et chef de l’église. 1 Cor. 11.4-6; femmes prophétisant.  Romains 16 : Phoebé, ministre de l’Église de Cenchrées porte une lettre à Rome.  Priscille, responsable avec Aquila pour des missions chez les Gentils et pour Corriger Apollos, un puissant enseignant dans les Écritures (Actes 18), soutient une assemblée dans sa maison, Marie travaille avec les Romains, Tryphène, Tryphose, Persis (collègues pour l’évangélisation), Julia, mère de Rufus et Junia ‘’Apôtres éminents’’.  Philippiens 4.2 : Evodie et Syntyche.  Thecla, l’histoire d’une femme célibataire, semble avoir attiré une forte réaction contre l’église de la part des étrangers.  Quoique romancée, elle démontre que les femmes étaient attirées à la chasteté et la liberté que l’évangile offrait.

 

[3] Dans l’antiquité, les gens pensaient aux hommes et aux femmes, non en tant qu’espèces différentes mais en tant que DEGRÉS.  Le mâle était un humain plus développé; la femelle était l’humain le moins développé.  Les femmes naissaient avant de devenir un homme, donc imparfaite – seulement partiellement formées dans l’utérus.  Leurs poumons n’étaient pas complètement développés et leur pénis ne s’était pas encore formé.  De plus, leur développement, contrairement aux garçons adolescents, ne serait JAMAIS complet.  Les hommes ont été créés pour être pénétrateurs et les femmes pénétrées.  Il s’agissait d’une preuve additionnelle de leur statut inférieur confirmant le droit des hommes de dominer.  Donc, de par leur nature même, les femmes étaient des VAISSEAUX PLUS FRAGILES.  Voir The NewTestament :A Historical Introduction,  de Bart Ehrman (New York : Oxford University Press, 1997), 341-350

 

[4] Il est très important que le lecteur se réfère aux passages discutés pour suivre mes arguments.

 

[5] Voir Gilbert, Bilezikian, Beyond Sex Roles : A Guide for the Study of Female Roles in the Bible, (Grand Rapids : Baker Book House, 1985).

 

[6] Le terme grec laleo qui se traduit habituellement par ‘’parler’’ veut dire ‘’converser’’.  Il y a beaucoup de mots grecs pour parler, mais laleo veut dire converser.  Voir plus loin, John Bristow, What Paul Really Said about Women.  New York: Harper and Row, 1988, 63-65; 49 – 66 pour une discussion plus approfondie.

 

[7] En fait, l’église Chrétienne a été condamnée sévèrement pour les responsabilités confiées aux femmes ; voir Against Celcius.

 

[8] Le premier blâme sur  la femme est celui de la désobéissance des humains dans le Jardin d’Éden.  L’extrapolation de cet évènement aux femmes en général se  trouve dans Sirach (Ecclésiaste) 25.24 (2e siècle avant Jésus).  Afin de retracer les interprétations à ce sujet, voir Eve and Adam;  interprétations juives, chrétiennes, lectures musulmanes sur la Genèse et les genres,  Kristen Kvam, Linda Schearing, et Valarie Ziegler (Bloomington : Indiana University Press, 1999).

 

[9] 1 Timothy 1.3-7, 4.1-5, 7; 6.3-5.

 

[10] ‘I Suffer Not a Woman: Rethinking 1 Tim. 2:11-15 in Light of Ancient Evidence, par Catherine et Richard Kroeger, Baker Book House, Grand Rapids, Michigan, surtout chapitre 16 et pp.  171-177.

 

[11] Ailleurs, Didaskein  se réfère au contenu de l’enseignement et jamais au fait d’enseigner.

 

[12] Authentein, se traduit habituellement par ‘’avoir de l’autorité sur’’, ce qui veut dire dominer, avoir un droit d’auteur  ou de possession.  Koeger démontre qu’authentein était aussi utilisé dans le premier siècle et que cela voulait dire le meurtre ou le meurtre simulé dans des rituels religieux  (185).

 

[13] Hesuchia, se traduit habituellement par ‘’sois silencieux’’ et signifie l’harmonie et la conformité.  La prochaine référence est en Genèse 2.

 

[14] Un “démiurge” est un “dieu” maléfique trouvé dans plusieurs documents de la bibliothèque Nag Hammadi. Souvent associé au “Gnosticisme,” ces documents varient beaucoup, sauf que la plupart se réfèrent au ‘’démiurge’’ comme étant le créateur de l’humanité et de l’univers matériel.  Ce ‘’démiurge’’ était lui-même une erreur, un bâtard et a produit un monde en déclin de même que l’humanité mortelle qui, avec chaque génération, se trouve plus loin du ‘ dieu très haut de l’illumination’. Voir Michael A. Williams, Rethinking Gnosticism. An Argument for Dismantling a Dubious Category, (Princeton: Princeton University Press, 1996).

 

[15] Ibid

 

[16] Les  préjugés anti-féministes se sont endurcis à travers les décennies qui ont suivi la mort de Wesley et le méthodisme du 19e siècle fut beaucoup moins libéral à ce sujet que Wesley ne l’avait été.  Voir Daughters of the Church, par Ruth Tucker et Walter Liefield (Grand Rapids: Academie Books, 1987), 240.

 

[17] L’impression originale, 1891; reproduction, 1992, deuxième impression 2003, (Indianapolis: Light and Life Communications.  J’utilise la plus vieille version dont le nombre des pages ne s’alignent pas avec les publications plus récentes.  Je combine les citations de plusieurs pages qui traitent du même passage.  Veuillez vous référer au livre.

 

 

 

 

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