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Les femmes dans le ministère

La conférence générale de l’Amérique du Nord de 1974 (dont les méthodistes libres canadiens faisaient partie) a accepté, après un vote unanime, une résolution qui «accordait aux femmes un statut égal aux hommes dans le ministère de l’église». Dans l’esprit de beaucoup, cette question était maintenant réglée et ils passèrent aux questions suivantes.

La position de l’Eglise Méthodiste Libre n’a pas changé depuis. Par contre, chez les autres confessions religieuses, l’opposition est devenue plus forte à ce sujet et on ne veut pas que les femmes exercent un ministère ni même un rôle dans le leadership de l’église locale.  Certaines de ces personnes sont des dirigeants évangéliques respectés (voir J.I. Packer, ci-dessous) qui semblent ignorer l’histoire de l’église wesleyenne qui prêche la sainteté.  Ils semblent suggérer que quiconque diffère d’opinion avec eux ne prend pas les Écritures au sérieux. Cela crée de la confusion chez beaucoup de personnes.

Au sein de notre église, beaucoup se demandent pourquoi les femmes qui ont officiellement accès à l’ordination pastorale et à tout autre rôle dans l’église, peu de femmes détiennent des postes de direction.  À une époque où les femmes exercent de plus en plus des professions autrefois détenues par des hommes, le pourcentage des femmes parmi les pasteurs méthodistes libres, surtout des pasteurs responsables, n’a pas augmenté. C’est la même chose au niveau de l’église locale, tout comme au niveau de l’église nationale, les rôles de leadership pour les femmes restent très peu développés.

La Commission d’étude sur la doctrine, pour répondre à cette préoccupation, croit qu’il est temps de revoir la position de l’église au sujet des femmes dans le ministère. Nous examinerons dans les pages qui suivent les données historiques qui supportent l’ordination des femmes, les principes appropriés d’interprétation biblique, et les bases scripturaires nécessaires pour admettre les filles de Dieu dans le leadership et le ministère.

Notre histoire

J.I. Packer, dans Christianity Today, a affirmé que l’ordination des femmes est un souci moderne résultant en partie des changements sociaux survenus depuis la première guerre mondiale. Il déclara aussi que toutes les communautés basées sur la Bible, incluant toutes les confessions religieuses au sein du protestantisme, s’opposaient à cette mode. Packer semble avoir ignoré l’histoire du mouvement de la sainteté wesleyenne et que le statut de la femme au sein des confessions religieuses faisait aussi partie de ce mouvement. L’Armée du Salut, l’ Eglise de Dieu,  et l’ Eglise du Nazaréen ont toutes été fondées pendant les dernières décades du vingtième siècle et elles ont ordonné des femmes depuis le tout début de leur existence. (Dayton, pp. 94,97-98).

Les églises qui mettent l’accent sur le travail du Saint-Esprit semblent plus ouverts au ministère des femmes que les autres.  Croyant que Dieu est celui qui doit appeler toute personne à un  ministère, ils acceptent que Dieu puisse choisir d’appeler des femmes aussi bien que des hommes.  Depuis sa fondation, des femmes appelées et revêtues de la puissance du Saint-Esprit ont exercé le ministère dans l’Église Méthodiste Libre.

Dès 1861, un an après la fondation de l’Église Méthodiste Libre, on rapporte que la convention de Genesee avait discuté du sujet des femmes prédicateurs (Richardson, p. 53). B.T. Roberts croyait fermement à l’égalité des hommes et des femmes et il affirmait que les femmes devraient travailler aux côtés des hommes à construire le royaume de Dieu. Il s’efforça de diriger la confession religieuse vers l’ordination des femmes.

La conférence générale de 1874 établit une classe de ministres qu’on appela les « évangélistes ».  Ces personnes étaient appelées par Dieu à prêcher l’Évangile et à promouvoir le réveil mais elles n’étaient pas appelées à avoir une charge pastorale. Autant les «frères» que les «sœurs» pouvaient obtenir une licence d’évangéliste. Des femmes obtinrent donc une licence comme prédicateur laïque dans l’église.

À la conférence générale de 1890, Roberts présenta la résolution suivante. «L’Évangile de Jésus-Christ, dans ses provisions, dans les agences qu’il emploie pour le salut de l’humanité, ne reconnaît aucune distinction de nationalité, condition (ou) sexe ; donc, aucune personne qui est appelée par Dieu, et qui est dûment qualifiée, ne devrait se voir refusée à l’ordination à cause de son sexe, de sa race, ou de quelque autre condition.»

Après un long débat, la motion fut rejetée par un vote de 37 contre 41.  Tristement affecté par ce rejet, Roberts se mit à écrire et publia, en 1891, «Ordaining Women – Biblical and Historical Insights». Dans la préface, il explique son but : «La vérité doit prévaloir, Christ doit être glorifié, et son Royaume doit avancer sur la terre» (Roberts, p. 8). Il mourut en 1893 sans avoir jamais vu les femmes participer dans la construction du royaume de Dieu grâce à l’Église Méthodiste Libre.

Une étape avait tout de même été franchie pour les femmes. Le magazine «Free Methodist» du 22 octobre, 1890 rapportait : «Deux des délégués laïques occupant des sièges à la conférence générale (sic) sont des femmes. … Les deux sont impliquées dans un travail de comité. La plupart de nos lecteurs seront heureux de savoir que l’admission des femmes comme délégués laïques n’ont en rien dérangé l’humeur (la sérénité) de la conférence.» Durant toute son histoire, l’Église Méthodiste Libre n’a jamais officiellement limité le rôle des femmes dans l’église, excepté dans le cas de l’ordination.

Ce sujet revient à l’agenda lors de la conférence générale de 1894. Un paragraphe est ajouté à la section qui parle des évangélistes. «Quand les femmes ont obtenu une licence de la conférence annuelle et ont été nommées pour servir comme pasteurs durant deux années successives, elles peuvent… avoir une voix et un vote à la conférence annuelle ; et, dans les transactions des affaires de la conférence, elles peuvent être comptées comme prédicateurs» (Hogue, Vol. 1, p. 218).  Quoique les évangélistes étaient supposés être des laïques ou des prédicateurs qui n’exerçaient pas le pastorat, l’église reconnaissait que des femmes exerçaient un rôle de pasteur.  

L’ordination fut finalement accordée par la conférence générale de 1911 ; il s’agissait d’une ordination limitée. Elles pouvaient être ordonnées «diaconesses», pourvu que cette ordination n’était pas considérée comme une étape vers l’ordination des «anciens». (Hogue, Vol. 1, p. 218)  Les femmes pouvaient prêcher et exercer le pastorat, mais elles étaient exclues des postes de  leadership dans l’église jusqu’en 1974.

Dans la préface de l’édition de 1992 du livre «Ordaining Women», John E. Van Valin dit :  Depuis les 132 dernières années, l’Église Méthodiste Libre a, avec honneur, pris sa place parmi plusieurs autres groupes de chrétiens qui accordent aux femmes l’honneur et le respect liés au ministère. Pour notre église, cet honneur est en partie symbolisée par… l’ordination. …La réimpression de ce volume centenaire n’annonce pas seulement une nouvelle ère dans la vie de l’église mais aussi une présentation de son cher héritage.

L’interprétation des Écritures

Dans leur recherche de vérité, les méthodistes libres veulent connaître ce que la Bible en dit ; les Écritures sont l’autorité ultime dont nous dépendons. Elles doivent pourtant être interprétées pour vérifier le message que Dieu a pour nous. Or, la manière d’aborder cette tâche d’interprétation fait une très grande différence dans les significations qu’on en tire. Donc, avant même d’étudier les bases bibliques concernant les femmes dans le ministère, identifions les principes qui devraient guider notre interprétation.

W.Ward Gasque, dans son article «The Role of Women in the Church, in Society and in the Home», identifie plusieurs principes qui doivent guider notre étude des textes bibliques.  D’abord, le principe contextuel. De quoi parle l’auteur dans les versets qui précèdent ou suivent le verset en question? Y a-t-il un rapport entre le verset étudié et le thème et la logique du passage complet?  Le contexte nous éclaire sur la signification.

En second lieu, vient le principe linguistique. La Bible a été écrite en hébreux et en grec.  Traduire une signification d’une langue à une autre constitue un défi. Comprendre la Parole de Dieu exige de nous un examen honnête d’un passage dans sa langue originale. Quel sens certains mots avaient-ils? Cette signification a-t-elle été traduite de façon précise et intègre en anglais (ou dans une autre langue)? Les traducteurs ont-ils employé des mots différents en anglais concernant le même mot grec ou hébreux dans différents passages bibliques? Par exemple, dans Romains 16.1, Phoebé est appelée une «servante». Le mot grec utilisé ici est habituellement traduit par «diacre» ou «ministre» dans les versets qui parlent d’un homme. Pourquoi Phoebé n’est-elle pas appelée «diacre» ou «ministre?» 

Troisièmement, le principe historique. Sans une compréhension de l’environnement historique dans lequel les auteurs de la Bible écrivaient, nous ne pouvons pas saisir la nature révolutionnaire des Écritures en contraste avec les usages païens. Lire les lettres de Paul aux églises sans connaître l’environnement historique est comme écouter une conversation téléphonique en présence de l’une de deux personnes qui parlent. Notre interprétation peut être tordue si nous ne cherchons pas à comprendre les hérésies qui se sont répandues dans l’église primitive et les questions relatives au style de vie que les nouveaux chrétiens introduisaient dans l’église.

Quatrièmement, on doit interpréter un texte particulier en le situant dans le contexte de l’œuvre entière d’un écrivain. Pour discerner les vues de Paul au sujet des femmes, on doit prendre en compte tout ce qu’il a écrit sur le sujet et tenter de trouver un sens de tout.  Lorsqu’il semble y avoir des contradictions, les principes concernant l’histoire et le contexte peuvent nous aider à dénouer le mystère.

Cinquièmement, le principe d’analogie de la foi. Les chrétiens assument la consistance, la cohérence des Écritures de façon globale. Tout texte individuel doit donc être interprété à la lumière de l’œuvre complète.  Il est important de comprendre la fluidité des Écritures pour découvrir sa cohérence. Gilbert Bilezikian, dans «Beyond Sex Roles», suggère que la création, la chute et la rédemption résument la fluidité des Écritures (Bilezikian, pages 15). Genèse 1 et 2 nous décrit le plan de la création de Dieu, Genèse 3 raconte la chute de l’homme et le reste de l’Ancien Testament nous parle de la première alliance de Dieu avec les êtres humains déchus. Le Nouveau Testament proclame l’histoire de la rédemption et de la nouvelle alliance par laquelle les personnes peuvent être rachetées et remplies de l’Esprit de Dieu, afin de vivre en conformité avec la volonté de Dieu… et nous voici de retour au plan de Dieu pour sa création. Quand on interprète des passages bibliques, il est important de distinguer entre le plan de la création, les descriptions de Dieu travaillant patiemment avec l’humanité déchue sous la première alliance, et la vision de Dieu pour ceux qui sont rachetés.

Il est intéressant de réaliser que lorsque des personnes commencent leur étude sur ce que dit la Bible concernant les femmes, cela affecte leurs conclusions. Certains commencent en étudiant des énoncés de Paul et de Pierre qui semblent limiter le rôle des femmes dans l’église et en font des servantes des hommes au foyer. Ils lisent ensuite le reste des Écritures à la lumière de ces versets.  D’autres commencent par Genèse 1-3 et continuent de lire la Bible. Ces personnes sont stupéfaites de voir comment Jésus traite les femmes et elles sont ravies de lire Acte 2.16 et Galates 3.28. On célèbre l’égalité dépeinte entre les femmes et les hommes.  À la lumière de la Bible complète, on se débat avec les passages difficiles et on découvre l’harmonie de ces versets lorsque les principes sains d’interprétation sont utilisés. (Voir Gasque, p.1)

Le dernier principe mentionné par Gasque est l’histoire de l’interprétation biblique.  Depuis des siècles, les chrétiens ont utilisé les Écritures pour prouver que l’esclavage était une bonne chose.  Enfin, des principes similaires à ceux déjà identifiés furent appliqués aux versets qui faisaient référence aux esclaves et les chrétiens évangéliques du 19e siècle commencèrent à parler d’abolition de l’esclavage. Leur approche de l’interprétation biblique les a aussi conduit à supporter l’ordination des femmes (Dayton, p. 90). Fait intéressant, on peut noter dans «Ordaining Women» de Roberts, au premier chapitre : «Serait-il possible que si les personnes qui se sont targuées d’interpréter «Reason and Revelation» et qui ont exprimé les sentiments prévalant de leur temps se sont si grandement trompés au sujet de l’esclavage… serait-il possible que le sentiment actuel concernant la position que la FEMME devrait avoir le droit d’occuper dans l’Église de Christ soit aussi incorrecte? (Roberts, p.11) Des principes sains d’interprétation sont nécessaires pour clarifier les malentendus et les erreurs destructives.

Références bibliques appuyant le ministère des femmes

Plusieurs excellents livres ont été écrits durant les dernières années qui expriment clairement la perspective biblique concernant la place des femmes et des hommes dans l’église et au foyer.  Beaucoup des idées présentées par ces écrivains modernes avaient déjà été anticipées par Roberts dans son livre concis.  Étant donné que nous nous adressons ici à des méthodistes libres, nous nous tournerons d’abord vers Roberts pour nous aider à voir ce que la Bible dit au sujet des femmes dans le ministère et compléter son œuvre  à l’aide des idées provenant d’autres érudits.  La bibliographie présentée à la fin de cet article offre des ressources utiles pour une étude plus poussée.

Références  provenant de l’Ancien Testament

Roberts commence son étude biblique avec Genèse 2.18. «L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme vive seul ; je lui ferai une aide qui sera son vis-à-vis.» Certains utilisent ce verset pour prouver que les femmes existent uniquement pour aider les hommes, pour les servir.  Roberts interprète ce verset comme suit : La femme fut créée, non comme servante de l’homme mais comme sa compagne, son égale. Adam Clarke comprenait le mot hébreux d’une façon qui lui faisait dire: «que la femme devait être à la ressemblance parfaite de l’homme, n’étant ni inférieure, ni supérieure, mais étant en toute chose semblable et égale à lui.» Le mot traduit par «aide» dans Genèse 2.18 apparaît dix-neuf fois dans l’Ancien Testament. À quinze reprises, il fait référence à Dieu qui aide les gens dans le besoin. Ce mot ne comporte donc aucune connotation d’infériorité.  (Evans, p. 16)

À l’homme aussi bien qu’à la femme, Dieu donna l’ordre d’être fécond et de prendre possession de la terre (Genèse 1.28). Il n’est jamais suggéré que la femme soit soumise à l’homme avant la chute. Roberts note que lorsque Jésus a été questionné au sujet du divorce, selon Matthieu 19.3, il a basé sa réponse sur Genèse 2.24. «C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et il s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair». Pourquoi Jésus a-t-il alors parlé d’avant la chute? Pour remettre en vigueur la loi promulguée au début. Christ a donc restauré la loi primitive. Il n’a rien dit au sujet de la soumission des femmes, pas un seul mot. Christ appelle l’humanité rachetée à vivre selon le plan de sa création.

L’Ancien Testament nous parle de deux catégories de dirigeants religieux, les prêtres et les prophètes. Tous les prêtres hébreux étaient des mâles. La venue de Christ a mis fin à la lignée des prêtres étant donné que Christ est devenu notre grand prêtre. Les prophètes seraient donc plutôt l’équivalent des ministres chrétiens contemporains dans la période de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier les prophétesses, incluant Miriam (Exode 15.20), Débora (Juges 4.4.) et Huldah (2 Rois 22.14). Les Écritures présentent leur histoire sans faire aucun cas particulier de leur sexe. Les femmes juges et les prophétesses étaient reconnues.

Roberts conclut sa revue sur l’Ancien Testament en affirmant : «Il n’y a rien dans la création de la femme ou dans sa condition sous la loi qui prouve qu’aucune femme ne devrait être ordonnée comme ministre de l’Évangile.» (Roberts, p.37)

Références provenant du Nouveau Testament

Jésus a stupéfait son monde à cause de sa façon de traiter les femmes. Il les respectait, prenant le temps de parler avec elles (Jean 4), il les a guéries (Luc 8.48), il leur a pardonné (Jean 8.11), il les a impliquées dans une discussion théologique (Jean 4.19-26) ; 11.23-27), et il les a accueillies comme disciples pour leur enseigner (Luc 10.39, 42). Il a mis leurs expériences à profit dans ses paraboles (Luc 15.8-10). Aucun autre rabbin du temps de Jésus ne faisait de telles choses. La façon avec laquelle Jésus traitait les femmes était révolutionnaire. Il a même commandé à une femme d’être le premier témoin de sa résurrection (Jean 20.17). Plus encore, Jésus n’a jamais fait aucun commentaire qui aurait limité les femmes dans leur ministère pour lui.

Certains diront pourtant que les douze apôtres étaient tous des hommes. Cela n’indique-t-il pas que les dirigeants d’églises doivent être des hommes? Roberts répond à cette objection que : «Si les Gentils doivent prêcher, pourquoi Jésus n’a-t-il pas choisi un Gentil parmi les douze?  Pourquoi les douze étaient-ils tous Juifs, tous et chacun d’entre eux? L’exemple est aussi fort dans un cas comme dans l’autre.» (Roberts, p. 37)

Le texte clef au sujet du ministère des femmes, pour le mouvement de sainteté du 19e siècle, se trouve dans Actes 2.16-18 : «Mais, c’est ce qui a été dit par le prophète Joël : «Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes. Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront.» Une prédicatrice méthodiste a déclaré le jour de la Pentecôte comme «le jour de l’émancipation de la femme». Un nouvel âge a commencé lors de la Pentecôte, un âge dans lequel le Saint-Esprit a oint des filles aussi bien que des fils pour prêcher et prophétiser. (Malcolm, pages 120, 127).

Selon Roberts, Galates 3.28 était le verset clef qui réglait la question à savoir si oui ou non les femmes pouvaient être ministres. «Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni homme ni femme, il n’y a plus ni esclave ni libre, car vous tous, vous êtes un en Christ-Jésus.»

Certains prétendent que ce verset fait uniquement référence au salut. Roberts répond à cette objection: «Si ce verset faisait uniquement référence au salut par la foi, la femelle ne serait pas spécifiée. Dans toutes les offres de salut faites dans le Nouveau Testament, la femme n’est pas spécifiquement mentionnée…». ‘Celui qui croit et est baptisé sera sauvé’ inclut la femme aussi bien que l’homme. Tous ont déjà bien compris cela… Nous devons donc comprendre Galates 3.28 pour enseigner, exactement comme cela est dit, l’égalité parfaite de tous, selon l’Évangile, en ce qui concerne les droits et privilèges, sans discrimination de nationalité, condition, ou  sexe. Si cela donne à tous les hommes de toutes les nations le droit de devenir ministre de l’Évangile, cela donne aussi aux femmes précisément le même droit.» (Roberts, pages 37-39)

Mais alors qu’advient-il des versets qui semblent limiter l’implication des femmes dans l’église ?  Sont-ils en conflit avec le reste de la Bible, ou existe-t-elle une façon de les comprendre qui soit en harmonie avec la fluidité des Écritures? 1 Corinthiens 14.34-35 et 1 Timothée 2.11-12.

Dans 1 Corinthiens 11.5, Paul parle des femmes qui doivent couvrir leur tête lorsqu’elles prient et prophétisent. Ces instructions n’auraient pas été utiles «si toutes les femmes devaient demeurer silencieuses dans les églises» (I Corinthiens 14.34). 

Le thème de Paul, au chapitre 14, concerne l’ordre dans les réunions du culte. Les versets 26-35 identifient trois groupes de personnes qui créaient apparemment le désordre et devaient être ramenées au silence ; il était question des personnes qui parlaient en langues alors qu’il n’y avait pas d’interprète (v. 28), de ceux qui continuaient à parler lorsque quelqu’un d’autre recevait une révélation (v. 30), et des femmes qui parlaient durant le service du culte (v. 34). John Bristow note que le mot traduit par «parler», au verset 34, est laleo, qui est le seul parmi tous les verbes qui peuvent être traduits par «parler» qui peut signifier tout simplement «parler l’un à l’autre» (Bristow, p. 63). On a dit aux femmes corinthiennes de ne pas converser ensemble. Si elles avaient des questions au sujet discuté, elles devraient attendre et en discuter à la maison (v. 35). Il est probable que ces femmes en étaient à leurs premières expériences de liberté en tant que chrétiennes. Elles n’étaient pas habituées à se trouver dans des réunions publiques. Paul ne s’en prend pas à des femmes qui prêchent mais il tente d’imposer le silence à des femmes qui dérangent le culte avec leurs conversations et leurs questions, tout comme les autres personnes dont le comportement dérange l’assemblée (Evans, pages 95-108).

Au plan historique, nous savons déjà que les méthodistes libres n’ont pas l’habitude d’empêcher les femmes de parler dans l’église. Les femmes ont témoigné, chanté, prêché, et enseigné dans l’église. Pourtant, pendant plus de cent ans, le leadership et l’autorité étaient interdits aux femmes parce qu’on leur refusait l’ordination complète. Un des orateurs au débat de la conférence générale de 1890 déclara: «Nous leur donnerions les mêmes avantages éducationnels et les mêmes droits de propriété qu’à l’homme. Nous les reconnaîtrions comme égales à l’homme au plan intellectuel, au plan des aptitudes, mais non égales en autorité (Gramento, p. 77).

Les personnes qui ont ce point de vue citeraient sans doute 1 Timothée 2.12 comme support biblique : «Je ne permets pas à la femme de prendre autorité sur l’homme mais qu’elle demeure dans le silence.» Si on observe la linguistique et le contexte historique, cela nous éclairera quant à la signification de ce passage. Au verset 12, Paul utilise le mot grec authentein pour parler de l’autorité, plutôt que les mots communs qu’il utilise dans tous les autres cas du genre. Authentein implique l’idée d’un comportement autocratique ou totalement autosuffisant, ou encore qui usurpe l’autorité ou un caractère dominateur. Paul interdit aux femmes d’usurper l’autorité qui n’est pas de droit la leur (Evans, p. 103). Le mot traduit par «homme» dans ce verset est le mot grec souvent traduit par «mari». Certains érudits croient que le verset 12 parle aux maris et aux femmes au sujet de leurs interrelations dans l’assemblée du culte et ne s’adresse pas au rôle des femmes en général.

Le pasteur Timothée était aux prises avec les faux enseignements à Éphèse. Paul se faisait du souci. Il insistait pour que Timothée ne permette pas aux hommes ou aux femmes d’enseigner de fausses doctrines (1 Timothée 1.3). Dans ce contexte, Paul a déclaré que les femmes «devraient apprendre en toute quiétude et entière soumission» (1 Timothée 2.11). Cet appel à une attitude de soumission silencieuse (en toute quiétude) de la part de l’élève reflète probablement les idées sur l’éducation qui prévalaient au premier siècle plutôt que des limites prescrites pour les femmes. Le point significatif du verset 11 est que Paul voulait que les femmes apprennent. Dans notre ère d’éducation pour tous, nous avons de la peine à comprendre la nature radicale de la déclaration de Paul (Evans, p. 102).

À la fin de son étude sur 1 Timothée 2.11-12, Mary Evans conclut : «Alors que l’interdiction  d’enseigner et de détenir l’autorité n’est pas absolue, elle demeure une interdiction. Aucun croyant, mâle ou femelle, n’a un droit «automatique» d’enseigner.  Toute personne, et en particulier les femmes, qui n’est pas éduquée et qui peut être facilement dupée, doit continuer de se concentrer sur l’acquisition des connaissances plutôt que d’usurper une autorité qui ne lui a pas été confiée»  (Evans, p. 106). Ces passages n’entrent pas en contradiction avec ce que nous trouvons ailleurs dans la Bible quand on les analyse dans leurs contextes littéraire et historique en tenant compte des données du grec.

Conclusion

Qu’est-ce que l’Église Méthodiste Libre croit sur ce que les Écritures enseignent au sujet de la place des  femmes dans l’église ? L’évêque Roberts a très bien résumé ces croyances.

L’homme et la femme ont été créés égaux, chacun possédant les mêmes droits et privilèges que l’autre.

Lors de la chute, la femme… devint assujettie à son mari.

Christ à remis en vigueur la loi primitive et restauré la relation d’égalité originale des deux sexes.

Les objections à l’égalité de l’homme et de la femme dans l’église chrétienne qui sont basées sur la Bible s’appuient sur une traduction erronée de certains passages et sur une mauvaise interprétation d’autres passages.

Nous en venons donc à cette conclusion finale : «L’Évangile de Jésus-Christ, dans les provisions qu’il offre et dans les agences qu’il emploie pour le salut de l’humanité, ne connaît aucune distinction de race, de condition, ou de sexe » (Roberts, p. 103-104).

À partir de ces croyances, les femmes devraient être encouragées à prendre leur place dans toutes les sphères du leadership de l’église et au sein du ministère.  Jésus nous appelle tous, femmes et hommes, à faire des disciples et à construire le royaume de Dieu.

RECOMMANDATIONS

La commission canadienne d’étude sur la doctrine affirme sans réserve la position de l’Église Méthodiste Libre au sujet des femmes dans le ministère.

De plus, la commission recommande que tous les dirigeants de l’Église Méthodiste Libre explorent les barrières qui continuent d’entraver l’avancement des femmes et qu’ils cherchent des moyens d’enlever ces barrières afin de permettre aux femmes d’exercer un leadership et un ministère plus efficaces dans toute l’Église Méthodiste Libre.

Puisque Dieu a donné aussi bien aux hommes qu’aux femmes des dons relatifs au ministère et au leadership, en tant qu’agents de sa grâce, nous recommandons avec insistance qu’une sensibilité soit développée face aux besoins d’aider les hommes et les femmes à découvrir leur appel (ex. : leadership pastoral, leadership au sein de l’Église Méthodiste Libre, leadership du culte, leadership dans les comités, leadership dans les petits groupes, etc.).

BIBLIOGRAPHIE

Note : Étant donné que tous ces livres ont été publiés en anglais seulement, vous trouverez, ci-jointe, une copie de la bibliographie originale (en anglais).

Bilezikian, Gilbert. Beyond Sex Roles: What the Bible Says About a Women’s Place in the Church and Family (Grand Rapids: Baker, 1985).

Bristow, John. What Paul Really Said about Women (San Francisco: Harper, 1988).

Cowles, C.S. A Woman’s Place? Leadership in the Church Kansas City: Beacon Hill, 1993.

Dayton, Donald W. « The Evangelical Roots of Feminism. » Discovering an Evangelical Heritage (New York: Harper), 1976.

Evans, Mary J. Woman in the Bible. (Downers Grove: InterVarsity), 1983.

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Hogue, Wilson Thomas. History of the Free Methodist Church of North America, 2 vols. (Chicago: Free Methodist Publishing House, 1915).

Hull, Gretchen Gaebelein. Equal to Serve: Women and Men in the Church and Home (Downers Grove: InterVarsity, 1987) 

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Malcolm, Kari Torjesin. Women at the Crossroads: A Path Beyond Feminism and Traditionalism (Downers Grove: InterVarsity, 1982).

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Tucker, Ruth Women in the Maze; Questions and Answers on Biblical Equality (Downers Grove, InterVarsity, 1992).

 

Ce document a initialement été préparé par la commission d’étude sur la doctrine de la conférence générale de l’Église Méthodiste Libre de l’Amérique du Nord.  Il a été légèrement édité par la commission d’étude canadienne sur la doctrine pour s’adapter au contexte canadien.

 

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