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Le clonage, la recherche sur les cellules souches, et une approche de la bioéthique
Table des matières

1. Introduction

2. Qu’est-ce que le clonage?

 (1) L’ADN/le clonage des gènes
(2) Le clonage reproductif
(3) Le clonage thérapeutique

3. Le clonage humain

(1) Pouvons-nous cloner des humains?
(2) Devrions-nous cloner des humains?

4. La recherche sur les embryons

(1) Quel est le statut moral de l’embryon?

A. La vie commence dès la conception.
B. La vie, de la conception à l’individualisation (14 jours), a une certaine valeur, mais le statut de personne n’est reconnu que lors de l’individualisation ou après.
C. Le statut de personne n’est reconnu qu’à partir du stade de la formation (28 jours).
D. Le statut de personne est reconnu à partir de 40 jours.
E. Le statut de personne est reconnu à partir du stade de viabilité.
F. Le statut de personne est accordé dès la naissance.
G. La position de l’Église méthodiste libre.

(2) Devrions-nous appuyer la recherche sur les cellules souches embryonnaires?

(3) Si des thérapies utilisant cette technologie deviennent disponibles, devrions-nous les utiliser?

5. Les principes

6. Le sommaire

7. Les références

1. INTRODUCTION

La possibilité du clonage humain est entré dans la conscience publique comme jamais auparavant à cause du clonage réussi de la brebis Dolly, réalisée par Ian Wilmut et son équipe, à l’Institut Roslin en Écosse, en 1996.  Cela soulève de nombreuses questions de controverse au plan éthique et moral avec lesquelles les méthodistes libres devront se débattre aujourd’hui mais aussi dans l’avenir.  Une des questions les plus importantes est l’utilisation d’embryons humains dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires.  Ce document décrit brièvement les types de clonage, les questions éthiques qui en surgissent et en même temps, il offre des directives qui peuvent être utilisées par l’Église méthodiste libre au Canada comme moyen d’aborder ces dilemmes.

Ce sujet revêt plusieurs dimensions.  La science de la génétique s’est étendue rapidement.  Il y eut d’abord la découverte de l’ADN par Watson et Crick dans les années 70, puis vient l’ingénierie de la génétique, et de nos jours, à cause du potentiel du clonage (aussi bien reproductif que thérapeutique).  En 2003, le « projet sur le génome humain » a réussi à découvrir l’ordre du génome humain (matériel génétique) et il a rendu cette information disponible à tous les scientifiques sérieux.  Il est maintenant possible d’identifier approximativement 20,000 gènes qui font de nous ce que nous sommes. Il est même possible de modifier ces gènes!  La capacité de « bricoler » avec l’essence même du « prototype de la vie » a soulevé beaucoup de questions éthiques qui ne semblent pas être abordées de façon explicite dans les Écritures.  Quelles sont ces questions?  Quels principes pouvons-nous utiliser pour élucider ces dilemmes éthiques? 

2. QU’EST-CE QUE LE CLONAGE?

On pourrait dire que le clonage est la production de répliques identiques. Les trois types principaux de clonage sont : (1) le clonage ADN\gènes; (2) le clonage de reproduction; et (3) le clonage thérapeutique.

 (1) Le clonage ADN/gènes est aussi connu comme « la technologie ADN recombinante ».  Chaque cellule a des pièces d’ADN qui se trouvent sur les chromosomes du nucleus (centre cérébral) de la cellule.  Ces gènes contiennent les instructions qui disent à la « machinerie cellulaire » quelles molécules ils doivent produire. Si un gène est défectueux, la cellule peut être incapable de construire une certaine molécule ou encore elle peut construire une molécule inadéquate.

Le clonage des gènes est la production de copies multiples d’un gène.  La méthode consiste à incorporer le gène qui nous intéresse dans un « vecteur de clonage », habituellement des portions d’ADN de bactéries (appelées plasmides) ou des virus non pathologiques qui se reproduisent très rapidement.  Les copies des gènes qui en résultent peuvent être isolées et utilisées pour la recherche ou la thérapie.

Ce type de clonage soulève peu de soucis éthiques et ne sera pas discuté plus à fond dans ce document.

 (2) Le clonage reproductif est une technologie utilisée pour générer un animal qui a le même AND nucléaire qu’un animal qui existe actuellement ou a déjà existé.  

Pour comprendre le clonage reproductif, on doit avoir une compréhension de base de la reproduction normale.  Pour la reproduction humaine, il doit y avoir un œuf de la femelle et du sperme du mâle.  La femelle porte dans ses ovaires une provision d’œufs (ovules) et un de ces œufs est préparé à chaque mois pour être libéré dans les trompes de Fallope (ovulation) pour une fertilisation possible.  Les hormones sont déclenchées pour préparer la doublure utérine (endomètre) afin que l’œuf fertilisé puisse s’y implanter.  Si le sperme entre dans le système reproductif femelle endéans de quelques jours de l’ovulation, le sperme migre vers le haut dans les trompes de Fallope et vient en contact avec l’œuf.  Si le sperme réussit à fertiliser l’œuf, voilà ce qu’on appelle la « conception ».  

L’oeuf et le sperme réunis contiennent maintenant le matériel génétique des deux parents.  L’œuf et le sperme sont des cellules spéciales qui ont été produites par un processus appelé « méiose », où chacun des deux ne contient que 23 chromosomes (au lieu des 46 présents dans toutes les autres cellules du corps).  Donc, l’œuf fertilisé (le conceptus) contient tous les 46 chromosomes (la moitié provenant de chacun des parents).  La machinerie cellulaire commence le processus de division des cellules qui résulte en un doublage des cellules qui se fait approximativement chaque jour.  Environ 5 à 7 jours après la conception, une« blastula » est formé et il contient 64 – 128 cellules dont certaines d’entre elles font partie de la surface extérieure et d’autres font partie de la surface intérieure.  Ce niveau de développement est très important puisqu’on parle des cellules intérieures comme étant des « cellules souches embryonnaires » qui ont le potentiel de devenir n’importe quelle sorte de cellules du corps humain.  La surface extérieure de la blastula permet l’implantation de l’embryon en développement dans la doublure de l’utérus (6 – 9 jours après la conception).

La reproduction normale n’est pas du clonage parce que la moitié de l’ADN provenant de chacun des parents, produisant donc des rejetons qui sont différents de chacun des parents de façon unique.  Le processus naturel du clonage est la division précoce et la séparation de l’œuf fertilisé qui résulte en jumeaux identiques.  Ce processus se produit avant le 14e jour après la conception. 

Le processus qui a produit la brebis Dolly était innovatrice, non seulement parce qu’il a produit un clone vivant, mais aussi parce qu’il a utilisé l’ADN d’une cellule adulte d’une mamelle (glande mammaire) d’une brebis Finn-Dorset de six ans.  À cette période, on pensait généralement que l’ADN nucléaire des cellules souches embryonnaires était requis pour produire un clone parce qu’à elles seules, ces cellules non différenciées contenaient la programmation nécessaire pour se transformer en toutes sortes de cellules du corps.  On pensait alors qu’une fois les cellules adultes (par ex. une cellule de mamelle) étaient programmées pour se comporter d’une certaine façon (que certains des gènes étaient activés et d’autres étaient désactivés), ils ne pouvaient pas revenir en arrière et se comporter comme des cellules souches.

Ian Wilmut et son équipe ont utilisé un processus appelé « transfert nucléaire de cellules somatiques (TNCS) pour produire Dolly.  Un œuf d’une agnelle fut obtenue dans une période où elle aurait normalement été accouplée et son nucleus (contenant le matériel génétique) fut prélevé.  Le nucleus de la cellule de mamelle d’une agnelle mature (cellule donatrice) fut ensuite injectée dans un œuf dont on avait enlevé le nucleus et des chocs électriques de faible voltage ont stimulé la division des cellules.   

Après que la division de cellule est commencée, cela ne continue pas indéfiniment dans le laboratoire.  Par contre, quelques jours après, l’embryon doit être implanté dans l’utérus d’une agnelle qui est préparée pour la grossesse grâce aux hormones.  Dans le cas de Dolly, elle fut implantée dans l’utérus d’une brebis Scottish Blackface.  

Le succès de cette procédure prouve que le matériel génétique contenu dans les cellules adultes peut être induit pour revenir à la forme non différentiée (cellules souches) qui est assez flexible pour produire tous les types de cellules requises pour un organisme complet, une brebis, dans le cas de Dolly.  Le clonage est une forme de reproduction asexuée qui ne requiert pas de sperme pour fertiliser l’œuf.  L’ADN d’une cellule donatrice pourrait être celui d’un mâle ou d’une femelle.  (En d’autres mots, des mâles ou des femelles pourrait être clonés.)  Toutefois, seules les femelles sont requises pour ce processus puisqu’un utérus est nécessaire pour y implanter l’embryon.

En fait, ces procédures de clonage ne produisent pas tout à fait un organisme qui est un clone identique même si l’ADN nucléaire est identique.  Les cellules contiennent de petites quantités à l’extérieur du nucleus dans de petites organelles appelées mitochondries.  Les mitochondries sont les sources de puissance de la cellule et elles influencent le vieillissement.  L’œuf dont on a enlevé le nucleus contribue une partie d’ADN mitochondrial au nouvel organisme, ce qui signifie que même si la plupart de l’ADN du « clone » provient de la cellule donatrice, il en reste une certaine quantité qui provient des mitochondries de l’œuf.  La signification de ceci n’est pas tout à fait claire. 

(3) Le clonage thérapeutique est aussi appelé “clonage d’embryon”.  Ce type de clonage produit des embryons qui sont utilisés pour les recherches.  Le but est de récolter des cellules souches embryonnaires (CSE) qui peuvent être utilisées pour étudier le développement et possiblement traiter des maladies.  Lorsqu’un embryon humain est utilisé, il est évident que cela soulève des questions d’éthique.  Les cellules souches sont extraites après qu’elles sont rendues au stade de la blastula (5 – 7 jours).  Ces cellules sont importantes parce qu’elles peuvent être utilisées pour générer virtuellement tout type de cellule spécialisée dans le corps humain.  Plusieurs chercheurs espèrent qu’un jour les cellules souches puissent être utilisées pour traiter plusieurs maladies telles que des maladies cardiaques (en remplaçant du tissu du cœur), et la maladie d’Alzheimer (en remplaçant du tissu du cerveau).

Malheureusement, l’extraction des cellules souches de la blastula détruit l’embryon en développement.  Cela aussi remet en question le statut moral  de l’embryon humain.  En tant que chrétiens, nous avons rencontré plusieurs de ces questions dans le débat continu sur l’avortement thérapeutique et la fertilisation in vitro (FIV).  La plupart des embryons utilisés pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires aux États-Unis sont ceux qui sont laissés de côté après les procédures in vitro.  La méthode FIV courante utilisée dans les cliniques de fertilité autour du monde implique l’administration de médicaments de fertilité (hormones) à une femme et la collecte de plusieurs œufs. Ceux-ci sont fertilisés en laboratoire en utilisant le sperme du mari/partenaire masculin et on permet à un grand nombre d’œufs fertilisés de se développer jusqu’au stade du début embryonnaire.

Les embryons qui ne sont pas utilisés sont congelés au cas où le couple désirerait tenter d’avoir d’autres enfants.  Lorsque le couple a décidé de ne plus avoir d’enfants, ils ont l’option de donner leurs embryons qui restent pour la recherche, sinon, les embryons congelés sont détruits.  Si le couple décide de conserver les embryons congelés indéfiniment, les embryons dégénéreront éventuellement et deviendront non-viables.  Plus de 400,000 embryons congelés sont présentement dans des contenants dans des cliniques aux États-Unis, laissés pour compte après des traitements FIV.  

Le clonage des mammifères a soulevé les questions suivantes: (1) Pouvons-nous cloner des humains? (2) Devrions-nous cloner des humains?

Les questions suivantes sont soulevées par l’utilisation de cellules souches embryonnaires dans la recherche: (1) Quel est le statut moral de l’embryon?  (2) Devrions-nous soutenir les recherches sur les CSE?  (3) Si des thérapies utilisant cette technologie deviennent disponibles, devrions-nous les utiliser?

3. LE CLONAGE HUMAIN

1) Pouvons-nous cloner des humains?
Malgré ce que prétendent certaines sources non fiables, le clonage humain n’a pas été accompli.  Certains scientifiques ne croient pas que cela peut être fait.  Le premier clonage d’animaux fut réalisé avec des amphibiens qui ont de gros œufs relativement faciles à manipuler.  Chez les mammifères, des souris, des brebis, du bétail, des porcs et des chèvres ont tous été clonés.  Le clonage de ces mammifères est un processus inefficace comparativement à la reproduction sexuelle. Chacune des étapes est compliquée et remplie de difficultés.  Donc, lors de l’extraction des œufs, le prélèvement du nucleus, le transfert du nucleus de la cellule donatrice, la stimulation de la division des cellules, le développement de l’embryon jusqu’au stade de l’implantation, l’implantation de l’embryon dans l’utérus d’une femelle, la survie de l’embryon/du fœtus jusqu’à son terme, et obtenir un nourrisson en bonne santé.   Chaque espèce semble présenter un ensemble de problèmes qui lui est propre.  Jusqu’ici, les efforts pour cloner des primates ont échoué.  Si on utilise la brebis Dolly comme exemple, le premier mammifère à être cloné à partir d’une cellule adulte, voilà le résultat de plusieurs années d’efforts et de l’expertise combinée de beaucoup de scientifiques et techniciens.  29 embryons ont été produits à partir de 277 cellules de mamelles.  De ces embryons implantés, seulement Dolly a survécu et est née.  Les clones animaux meurent souvent dans l’utérus ou bien ils naissent avec des malformations/déficiences.  On s’inquiète du vieillissement prématuré et de la prédisposition aux maladies chez les clones.  Dolly a développé une sorte d’arthrite inhabituelle et sa mort à l’âge relativement jeune de 6 ans (d’adénomatose pulmonaire), ce qui n’est rien pour nous rassurer quant à la sécurité du clonage.

 
Malgré ces difficultés, il est probable qu’avec le temps, les ressources et l’utilisation des CSE pour la recherche, un bébé clone humain pourrait éventuellement naître mais les coûts seraient toutefois aussi hauts qu’inacceptables.  Pensons seulement aux embryons détruits, aux foetus perdus, aux clones déformés ou prédisposés aux maladies, à l’anxiété et à la souffrance des femmes qui portent les clones, aussi bien qu’au temps consacré par les scientifiques et les gouvernements, à l’argent de corporations qui pourrait être mieux utilisé ailleurs, et aux bénéfices de la production de clones qui seraient insuffisants.

2)  Devrions-nous cloner des humains?
Existe-t-il une seule bonne raison de cloner des humains?  Des motifs purement égoïstes, tel que de vouloir avoir une copie de soi plus jeune peuvent être facilement rejetés comme non éthiques.  La littérature et les films de science-fiction nous font réaliser les dangers des nouvelles technologies.  Par exemple, le film « The Island » produit en 2005, qui nous raconte l’histoire de personnes clonées pour l’utilisation ultime de leurs organes.  Ces gens étaient donc considérés comme des « polices d’assurance et non comme des personnes.  Il serait carrément immoral de rechercher de tells objectifs.  Même si le motif du clonage était de produire une personne particulièrement douée ou influente pour l’amélioration de l’humanité, ou pour compenser la perte d’un être cher, cela serait considéré comme immoral.
Le développement d’un humain est soutenu par une combinaison de la génétique et de l’environnement.  Le clone génétique parfait (un jumeau) ne sera pas exactement pareil à la personne clonée.  Et l’énorme pression qui reposerait sur cette personne pour réussir aussi bien pour être fameux « original » pourrait être intolérable.  Il est difficile de faire face à la réalité des problèmes de beaucoup d’enfants adoptés.  Qu’en serait-il d’un clone?

Nous pourrions peut-être soutenir qu’avec des soins et une législation adéquate, notre société pourrait éviter l’utilisation “immorale” du clonage humain, mais il est certain qu’à l’heure actuelle, il n’y a aucune raison acceptable de produire des clones humains.
Le clone serait un individu distinct et unique aux yeux de Dieu.  La pensée qu’un clone serait un individu sans âme n’est pas valide.  Si, malgré nos plus grands efforts, des humains clonés venaient à exister, ils auraient la même valeur que vous et moi selon Dieu.

 

 

4. RECHERCHES SUR LES EMBRYONS

(1) Quel est le statut moral de l’embryon?
Quoiqu’il existe plusieurs différents côtés du débat, et que la réponse à cette question soit évidente, il est sage de revoir les arguments de base.  Voici une liste des points de repère dans la vie d’un embryon.

0  – La conception
6-9 jours  L’implantation
14-16 jours L’individualisation: formation de la « lignée primitive », il n’y a plus de
dédoublement.
28 jours  La formation: pouls cardiaque, circulation, structures nerves formées
40 jours  “Formé” : Juifs orthodoxes, pensée musulmane, Thomas d’Aquin (90
jours pour les filles) – Église catholique romaine primitive.
17+ semaines Le foetus commence à bouger.
24 semaines  La viabilité
36-41 semaines  La naissance

A. La vie commence dès la conception

Beaucoup de chrétiens croient que la vie commence à la conception et que toute la valeur qu’on placerait sur quelque être humain serait due au conceptus.  En principe, les méthodistes libres sont parmi ceux qui supportent cette position, comme on peut le voir dans notre position sur l’avortement. Voici l’énoncé publié dans le Manuel (Chapitre 6, p. 17) : “L’avortement intentionnel de la vie naissante, depuis le moment de sa conception jusqu’à son terme, sauf pour des cas extrêmes où il s’avère nécessaire afin de sauver la vie de la femme enceinte, doit être jugé comme étant une violation du commandement de Dieu qui dit : ‘Tu ne tueras point’.  L’avortement est la destruction intentionnelle d’une personne, après sa conception et avant l’accouchement par des moyens chirurgicaux ou autres.  En conséquence, l’avortement intentionnel n’a aucune justification morale sauf en cas d’avortement décidé par de personnes compétentes et réfléchies, incluant des conseillers professionnels chrétiens, dans le but de sauver la vie de la mère.  L’avortement pratiqué pour de raisons de limitation des naissances, de choix, de commodité personnelle, ou de sécurité sociale ou économique doit être considéré comme égoïste et malveillant. »  2

À partir de la conception, le conceptus, si on lui permet de se développer normalement, a la capacité de produire un être humain vivant.  Même si l’implantation peut ne pas réussir ou qu’un avortement naturel peut se produire, pour Dieu, le but de la fertilisation d’un œuf est de produire un être humain.  L’extension naturelle de ce principe serait que la destruction délibérée d’un embryon est l’équivalent d’un meurtre.  Dans le cas de l’avortement, l’exception survient lorsque cela est requis « pour sauver la vie de la femme enceinte » ou « lorsque cet acte a été décidé par des personnes responsables et compétentes, incluant un conseiller chrétien professionnel dans le but de sauver la vie d’une femme enceinte. »  3

La valeur de l‘embryon est évidente dans les Écritures, même si la Bible n’est pas explicite au sujet des points plus « délicats » du débat. 4  Psaumes 139.13 nous dit « C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tenu caché dans le sein de ma mère. » Dieu nous connaît même avant notre conception.  Déjà dans l’utérus nous valons quelque chose à ses yeux et il a établi une punition si quelqu’un fait du mal à un fœtus tout comme s’il s’agissait de toute autre personne.

Les conséquences de la Loi

Ex. 21:22-23  « Lorsque des hommes se querelleront, heurteront une femme enceinte et la feront accoucher, mais sans autre accident, ils seront punis d’une amende imposée par le mari de la femme; on la paiera sur l’avis d’arbitres.  Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie… »

Cette punition pourrait être interprétée comme étant seulement pour un fœtus « formé » et il s’agit de la période où l’embryon est considéré « formé » qui établit en grande partie le reste du débat.

B. La vie, de la conception à l’individualisation (14 jours) a une certaine valeur, mais il ne s’agit pas d’un individu jusqu’à ou après l’individualisation.

Environ la moitié des œufs fertilisés ne s’ implantent jamais, ce qui signifie que si un statut moral complet est accordé au conceptus, un très grand nombre de vies se perdent à travers le processus naturel de reproduction.  De plus, un quart des grossesses résultent en fausses couches.  Or, l’individualisation ne peut se produire avant le quatorzième jour. À ce moment-là, le précurseur du système nerveux, la « lignée primitive » est présente et l’embryon ne peut plus se dédoubler en jumeaux.  Plusieurs diront que le système nerveux est nécessaire pour produire l’esprit (le système de la pensée) sans lequel la personnalité n’existe pas.  On prétend qu’une valeur graduée devrait être accordée à l’embryon selon son développement.  Les bénéfices de la recherche sur les embryons, qui est grandement supportée par la communauté scientifique, incluent l’amélioration de la compréhension du développement.  Ces supporteurs prétendent que l’utilisation des CSE leur permettra d’avancer relativement vite puisque ce sont ces cellules qui ont le plus de potentiel et de flexibilité pour découvrir les réponses aux questions reliées au développement.    

Si on pouvait répondre rapidement aux questions concernant le développement, peut-être que nous pourrons aussi raccourcir le temps où les CSE sont requises ou peut-être que  des méthodes de collecte des CSE  qui ne détruiraient pas la blastula pourraient être perfectionnées. L’utilisation des CSE devrait permettre la découverte de traitements pour des maladies sévères telles que la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer, le diabetes mellitus, des maladies cardiaques et plusieurs autres.  Un autre argument commun pour l’utilisation des CSE est que des centaines de milliers d’embryons congelés sont disponibles dans les cliniques de fertilisation in vitro et s’ils ne sont pas utilisés, ils seront tout bonnement jetés.  Ces embryons ne seront jamais implantés et ils n’auront donc jamais la possibilité de vivre. 

Tous ces arguments réunis mènent à une position qui, dans certains cas, un embryon, surtout celui qui sera détruit de toute manière, peut être sacrifié si le bénéfice potentiel futur pour une personne malade peut être démontré.  

C. On peut parler d’une personne lors de la formation (28 jours)

Cette étape de la personne ne change pas grand-chose au débat sinon que cela déplace le concept de « formé » un peu plus loin dans le développement.  Beaucoup de personnes n’éprouvent aucune difficulté à considérer une blastula comme n’étant qu’un « amas de cellules humaines ».  Mais, lorsque l’embryon possède la forme minimale d’un nourrisson, lorsqu’il a un cœur qui bat et aussi la base d’un cerveau et d’un système nerveux, plusieurs considèrent alors qu’une ligne devrait être tirée.  La blastula deviendrait donc une personne entre 14 et 28 jours après la conception.

D. Il s’agit d’une personne après 40 jours

Les Juifs orthodoxes ont atteint un consensus en se basant sur leur compréhension des Écritures et sur leur tradition.  Selon eux, la vie humaine doit être protégée à partir de 40 jours après la fertilisation.  De façon similaire, en Islam, le Coran stipule qu’une personne est premièrement présente 40 jours après la fertilisation.  Dans le monde chrétien, les enseignants de l’église primitive faisaient la distinction entre « formé » et « non formé ».  Thomas d’Aquin a déterminé que la vie « formée » commençait après 40 jours de gestation pour les mâles et 90 jours pour les femelles.  Cela était apparemment basé sur sa compréhension de la sagesse ancienne d’Aristote et de sa propre compréhension des directives bibliques disponibles.  La tradition de l’Église catholique romaine était donc établie sur cela jusqu’aux temps modernes où il fut déterminé que « L’être humain doit être respecté et traité comme une personne à partir du moment de la conception… ses droits en tant que personne… parmi lesquels… il y a le droit inviolable de la vie pour tout humain innocent. » 5

L’Église orthodoxe et plusieurs confessions religieuses protestantes ont un point de vue similaire à celui de l’Église catholique romaine. 

E. Il s’agit d’une personne lorsqu’elle est viable

Même ceux qui croient que l’embryon n’a aucun statut moral durant les premiers stages de développement concèderont que le fœtus a la même valeur qu’un nourrisson rendu à terme s’il réussit à survivre à l’extérieur de l’utérus.  Quoique cette période ne soit pas vraiment précise (certains bébés survivront même avant 24 semaines de gestation et il est certain qu’ils ne survivront pas tous même s’ils naissent après 24 semaines), il semble que se soit le point qui est accepté et à partir duquel même les institutions séculières interdisent les avortements thérapeutiques, sauf dans des cas exceptionnels.   

F. Il s’agit d’une personne à la naissance

Qu’une personne soit présente lors de la naissance n’est pas du tout discutable.  En fait, chez les personnes non chrétiennes, il se produit un volte-face. Le foetus, qui est traité comme un humain inférieur, grâce au processus de la naissance, devient la forme la plus précieuse d’humanité et voilà que les priorités sont renversées.  Le moins développé devient le plus précieux alors que ceux qui ont vécu une vie (les personnes âgées) semblent avoir moins de valeur.  Le potentiel devient ici le haut sommet de la valeur au lieu d’un empêchement au fait d’être une personne complète. Les chrétiens accordent aussi une grande valeur aux nourrissons et aux enfants parce que Christ a donné l’exemple à ce sujet et aussi à cause de l’enseignement scripturaire, en plus de nos instincts naturels qui nous poussent à prendre soin des enfants et à les éduquer.

G.  Notre position

Notre position est la suivante.  Notre responsabilité morale commence, face à une vie, lors de la conception, que nous disions ou non que le fœtus est une « personne ».  Les vies qui sont perdues à travers le processus normal de reproduction sont dans les mains de Dieu et notre responsabilité consiste seulement à éviter, par nos propres actions, une perte excessive.  Voilà pourquoi les méthodes de contrôle des naissances telles que les stérilets (qui empêchent l’implantation après la conception) et la « pilule du lendemain » sont discutables au plan moral.  Il est bien entendu que la question du contrôle des naissances est très complexe et que nous vivons dans un monde de péché.  Nous somme forcés de faire des choix difficiles parmi lesquels il semble parfois n’y avoir aucune bonne réponse ou aucune base individuelle.  Toutefois, le principe de la valeur de la vie humaine est clair dans les Écritures (Genèse 1.26, 27; Romains 5.8). Notre responsabilité, en tant que chrétiens, est de protéger et non pas d’exploiter ceux qui sont le moins capables de se protéger eux-mêmes.  Cela dit, qui donc est plus vulnérable qu’un embryon?  Dans le Manuel de l’Église méthodiste libre au Canada, la Loi de la vie et de l’amour explique que “Toutes les personnes qui ont été créées par Lui et à Son image ont les mêmes droits inhérents, sans égard au sexe, à la race, et à la couleur.  Tous et chacun devraient donc obéir pleinement à Dieu en ce qui concerne leurs actes individuels, sociaux et politiques.  Ils devraient s’efforcer d’assurer à tous et chacun le respect de leur personne, de leurs droits, et de leur plus grand bonheur dans la possession et l’exercice de leur droit au sein de la loi morale. Nous pourrions même ajouter « à quelque stade de développement » pour ces personnes qui ont les mêmes droits inhérents et méritent le respect. Le fait de donner votre vie pour une autre personne est noble.  Par contre, le fait de prendre la vie d’une autre personne, même si c’était pour une noble cause (telle que la guérison future possible) ne peut être soutenu.

La présence de l’esprit/de la pensée, ou la conscience de soi, comme preuve qu’il s’agit d’une personne semble être très logique.  Par contre, de cette manière, nous accorderions de la valeur à des personnes sévèrement malades au niveau mental ou à des personnes démentes qui pourraient ne pas avoir conscience d’elles-mêmes ou avoir une conscience de soi limitée.  Même s’il est vrai qu’il puisse y avoir une valeur morale graduée durant le développement (i.e. vous sauveriez un bébé d’un laboratoire en feu avant de sauver une étagère d’éprouvettes contenant des embryons), cette valeur dépasse les bénéfices qui pourraient provenir de la destruction de cette vie embryonnaire.  Nous serions en désaccord.

Cet argument concernant l’excès d’embryons nous fait voir clairement la moralité discutable des  méthodes de fonctionnement de ces cliniques de fertilité même si cela est devenu quelque chose qui est largement accepté par la société. 

Le fait que la société en général accepte cela ne constitue pas pour autant un processus moralement acceptable aux yeux de Dieu. Cela soulève une question qui y est reliée.  Qui a le « droit » d’avoir des enfants?  Un spécialiste de l’éthique particulièrement influent croit que le droit de se reproduire est un droit humain fondamental.

Les progrès réalisés dans l’utilisation des cellules souches adultes (CSA) sont prometteurs et permettent d’éviter les soucis éthiques qui résultent de la recherche sur les CSE. Ces cellules, quoique partiellement différentiées, ont quand même conservé une grande flexibilité.  Les cellules souches adultes existent au niveau de l’hématologie (elles forment des cellules du sang), au niveau neural (des cellules du cerveau et du système nerveux) et au niveau du mésenchyme (elles forment le cartilage, les os et les cellules des muscles).  Certains des traitements proposés qui utiliseraient les CSE, tel que la réparation du tissu d’un cœur endommagé, exigeraient une thérapie contre le rejet durant toute la vie du patient.  Ces CSA permettraient d’éviter la nécessité d’une thérapie anti-rejet à vie si les cellules souches étaient recueillies chez le patient lui-même et ensuite modifiées afin d’accomplir la fonction requise. Des cellules souches peuvent aussi être isolées du sang du cordon ombilical des nouveaux-nés.  Le progrès dans la compréhension du développement et de la différentiation des cellules et le développement des cures ou des traitements pour des maladies terribles pourrait être plus rapide (ou prendre plus de temps) que si on permet que la recherche sur les CSE continue.      

(2) Devrions-nous supporter la recherche sur les cellules souches embryonnaires?

La vie commence dès la conception.  Toute vie est sacrée parce que nous sommes tous faits à l’image de Dieu.  Même si la blastula a une valeur moindre qu’un fœtus plus développé, sa valeur excède quand même la valeur des objectifs pour lesquels il est utilisé. La guérison est une cause noble et louable mais nous ne devrions pas faire quelque chose de mal pour produire du bien (Romains 3.7, 8) ; ici, la fin ne justifie pas les moyens.  À ce moment-ci, les bénéfices qui peuvent survenir de la recherche sur les CSE semblent grands mais le progrès n’en est qu’aux balbutiements.  Ceux qui prônent la recherche sur les CSE affirment, et pour cause, que le progrès sera ralenti (ou arrêté) si la recherche est interrompue.  Cependant, nous ne pouvons pas approuver la destruction de l’embryon qui est requise pour récolter des cellules souches embryonnaires. 

(3) Si des thérapies utilisant cette technologie deviennent disponibles, devrions-nous nous en servir?

Ne pas accepter un traitement ne sauvera pas la vie de l’embryon sacrifié.  Il se pourrait en fait que cela donne de la valeur au sacrifice de l’embryon.  La décision d’accepter ce traitement devra être prise en priant avec ferveur, en recherchant la volonté de Dieu et les conseils d’un professionnel chrétien.

5. PRINCIPES

1. Les humains ont de la valeur parce qu’ils ont été créés à l’image de Dieu et parce que, malgré nos péchés, Christ est mort pour nous. 

2. Dieu nous aime et nous aimait déjà avant notre naissance.  Les humains ont déjà une valeur dans l’utérus aussi bien qu’à toutes les étapes de leur développement.  

3. Quoique la vie de la femme enceinte peut, dans certains cas, avoir la précédence sur la vie de l’embryon, et il est possible qu’il y ait une valeur morale évaluée selon l’étape du développement, Dieu seul peut juger selon le niveau approprié de précédence.  Étant donné que notre perspective, en tant que créatures, est que toute vie humaine en  développement ait  une valeur si grande devant Dieu, et que par conséquent nous devrions la valoriser à partir de la conception.

4. Le comportement Chrétien nous dicte de protéger ceux qui ne peuvent pas se défendre par eux-mêmes, incluant les embryons.
5. Faire quelque chose de mal afin de produire quelque chose de bien est contraire aux instructions scripturaires explicites.  Le sacrifice non volontaire d’une vie, incluant un embryon, au bénéfice d’une autre vie, ne peut être appuyé.

6. Le consentement parental pour l’utilisation des embryons congelés pour la recherche, quoique cela puisse être acceptable au plan légal, peut être moralement inacceptable si les parents manquent à leur devoir de veiller aux meilleurs intérêts de l’embryon.  

7. Chaque humain est un individu.  Si un humain est un clone génétique d’un autre individu, il est quand même un individu unique et il a les mêmes droits qu’un autre individu.  

8. Les humains n’ont aucun droit inné de se reproduire sans considérer les conséquences des méthodes utilisées pour cette reproduction.

6. SOMMAIRE

Les nouvelles découvertes scientifiques, et particulièrement dans le domaine de la génétique, constituent des défis pour nous, en tant que méthodistes libres et en tant que chrétiens.  Les questions éthiques qui surgissent mènent à la controverse et à des réactions émotionnelles.  Nous devons prendre les meilleures décisions possibles à partir de la connaissance que nous avons en ce moment et nous devons le faire en priant et avec humilité, en gardant nos esprits ouverts à la direction de Dieu.  Lorsque nous ne trouvons pas d’instructions implicites dans les Écritures, nous devons demeurer prudents, particulièrement lorsque des vies sont en jeu. Nous devrons peut-être réévaluer notre position à mesure que de nouvelles informations nous parviennent ou au gré de l’avancement technologique.

7. RÉFÉRENCES
Le Manuel de l’Église méthodiste libre au Canada

After Dolly, The Uses and Misuses of Human Cloning, Ian Wilmut & Roger Highfield, 2006, W. W. Norton & Company Ltd.

God and the Embryo, Religious Voices on Stem Cells and Cloning, Editeurs: Brent Waters et Ronald Cole-Turner, 2003, Georgetown University Press.

Human Cloning, Religious Responses, Éditeur: Ronald Cole-Turner, 1997, Westminster John Knox Press.

Gibbs, Nancy, Stem Cells, The Hope and the Hype, Time, 7 août 2006, pp.27-32

http://www.ornl.gov/sci/techresources/Human_Genome/home.shtml

http://www.aaas.org/spp/cstc/briefs/cloning/

http://www.genome.gov/10004765

http://learn.genetics.utah.edu/units/cloning/clissues/ 

 

notes de fin


Par « statut moral », nous voulons dire le statut de l’embryon qui détermine la moralité des actions humaines en ce qui concerne l’embryon.

LE MANUEL de l’Église méthodiste libre au Canada, Chapitre 6, ¶630.2.9, p.17

3 Ibid. 

4 Considérez ces références bibliques:   Psaumes 139:13; Ésaïe 44:2; Jérémie 1:5; Job 10:10-11; Job 31:15; Exode 21:22-23.

God and the Embryo, Religious Voices on Stem Cells and Cloning, Editeurs: Waters and Cole-Turner, 2003, Annexe A, p. 168

Le Manuel de l’Église méthodiste libre au Canada, Chapitre 1, ¶112, p. 4

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